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lundi 9 mars 2020

Seulement pour les fous



Ken Kesey par Franck Saola©

    Mon ami JL me dit que ses soixante-dix ans ont sonné le glas de son existence. Je trouve son jugement très excessif. JL aime convoquer Emmanuel Bove, lorsque le mouron le gagne : "Je ne sais pas ce que j'ai fait à la vie, mais elle a fait preuve à mon endroit d'un humour féroce." Il se plaint de sa solitude, de ses dents qui tombent, de son cou chaque fois plus flasque. De ses mains, pourtant très belles, maculées de tâches brunes comme le café, qui s'agitent à chacune de ses explications. Il prétend avoir perdu de sa superbe auprès des femmes, lui qui avait jusque là leurs faveurs, sa bidoche pendante à l'aube lui rappelant les nouvelles limites de son organisme à l'heure d'entreprises de séduction qu'il qualifie désormais de petits ratages intempestifs. Ses soubresauts priapiques se limiteraient-ils à cette blague échangée avec la serveuse du Birdland, qui étudie à la Facultad de Filologia Hispanica et qui vient lui servir un pincho de patatas meneadas en chantonnant une chanson de Rosalia ? La jeune femme, une blonde un peu boulotte, les ongles colorés à l'imitation de sa vedette préférée, parle à JL comme à un père, ce qui coupe court à toute ambiguïté. Elle retire nos deux verres vides et repart vers le bar. "Si le Coronavirus passait par là, assène mon vieil ami, il aurait raison de moi en quelques jours."

    Je pense que sur les questions d'âge, JL aurait grand tort de me jalouser. Coronavirus ou pas, l'expérience du temps destructeur est tout à fait prégnante à tous les âges. En mon cas, si Yahvé me prête vie, j'accéderai à ma quarantième année un jour avec un bilan mitigé. Mon évolution biologique est plutôt encourageante, n'étaient un gras naissant de rigueur, et quelques cheveux blancs sporadiques qui pointent déjà de chaque côté de mon crâne. Du moins elle ne souffre pas la comparaison avec mon évolution sociale qui elle est sinusoïdale : mais, pour être honnête, quand je vois la gueule de vos réussites, je me mets à chérir mes échecs comme mes plus beaux enfants.

     Il s'agit d'un fait biologique inéluctable. A partir de 40 ans, ma testostérone commencera à battre de l'aile, dans une proportion de 1 pour 100 par an (si tout va bien). Cette ration hormonale minime mais conséquente à la longue regagnera le Néant. Tout cela annoncera de prochains fiascos qu'il vaudrait mieux pour moi ne pas anticiper. Et à 50 ans ? Dans quel état me trouverai-je ? Non, décidément, JL ne devrait pas me regarder comme un privilégié. C'est une constante des babyboomeurs de tout rapporter à leur trogne et de s'étonner de n'être pas éternels. Moi je, moi je, moi je, tel est le leit-motive qui régit l'existence du babyboomer, jusqu'à l'ensevelissement final qui remettra ce narcissisme stérile à l'endroit et dans le marbre, en quelques formules lapidaires : Ici-gît notre gai-luron à nous, un parfait boute-en-train, chouette en tout point. S'il y a chez JL une gentillesse et une humilité naturelles, très agréables pour son auditeur, il possède malgré lui cette manie héritée d'une vie douce, où tout semblait tourner autour du petit nombril de chaque consommateur, libéré du poids des familles, prêt pour le grand voyage de l'hyperindividualisme des années 80, cette extension des festivités de 68. 

    Il n'en demeure pas moins que les années 60-70 sont belles et intéressantes, cela à plus d'un titre. Sur le plan cinématographique et musical, les morceaux d'anthologies issus de cette époque foisonnent. Le dévergondage et l'usage excessif de drogues ont été éminemment salutaires pour l'art. J'ai parlé à JL du livre dont je viens de terminer la lecture qui est l'émanation de cette réalité. Il s'agit d'un roman traitant de l'émancipation de l'individu face aux nouveaux systèmes d'aliénation, oeuvre majeure de l'antipsychiatrie dont Forman tira son film : Vol au-dessus d'un nid de coucous, lors de son exil américain. Plus que le brouillon Sur la route de Kerouac, le roman de Ken Kesey, d'abord traduit sous le titre La machine à brouillard par la maison Stock, tient de l'oeuvre-culte. Quelle est la première qualité d'une telle oeuvre ? Sa teneur organique, vécue, suée. Ses personnages ne sont pas des ombres portées nées de l'absence de nécessité d'une écriture sur commande, ils ont cette présence inoubliable car réelle. Le dostoïevskien McMurphy,  est cet éternel joueur, capable de parier sur tout, fût-ce sur une victoire impossible contre Miss Ratched. La narration est donnée au Chef Bromden, métisse colossal qui relate avec pudeur les cicatrices de sa famille expropriée, puis son admiration grandissante pour McMurphy. Les propos de Kesey autour de la Chef, Miss Ratched, auraient aujourd'hui été conspués par les associations féministes de tout bord : ce personnage  d'infirmière-chef abusive, cloitré derrière sa lucarne transparente (que McMurphy fera bientôt voler en éclats en un acte de rébellion éminemment symbolique) fait montre d'un pouvoir castrateur digne d'une Folcoche, mais il n'est jamais caricatural. Enfin, le roman représente un document à charge d'une rare finesse à l'égard de la société américaine de l'après-Corée. Selon Kesey, la taille des hommes ne se mesure pas en pieds ou en centimètres, mais en désirs et en idéaux. Bromden retrouve ainsi sa grandeur réelle au fil des pages. Sa métamorphose est sublime. Notre écrivain psychédélique, admirateur de Richard Yates (le plus grand écrivain américain depuis Faulkner), est plus qu'un amateur de LSD sillonnant le pays en compagnie de ses amis Pranksters, à l'intérieur de son bus orné de graffitis, assoiffé de nouvelles expériences vitales. Il incarne, comme Yates, la voix des déshérités, et son souffle corrosif laisse une marque indélébile chez le lecteur, après six décennies de déchéance et de fracture sociale. La virée des fous à la pêche, accompagné par la prostituée Candy, est en ce sens un modèle de vadrouille beat. On ressasse de telles pages avec plaisir :  
   
    "Ainsi McMurphy nous conduisait-il vers l'océan (...)
    Comme on voit qu'une personne dont on a longtemps été séparé a changé alors que ce changement, parce qu'il est progressif, échappe à ceux qui sont en contact vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec elle. Tout au long de la route menant à la côte, ce qu'avait accompli le Système depuis la dernière fois où j'étais venu dans la région se révélait par de multiples signes. C'était, par exemple, un train entrant en gare pour déposer comme autant d'oeufs une cargaison d'hommes vêtus du même complet brillant, coiffés du même  chapeau piqué à la machine, couvée d'insectes identiques vomis du dernier wagon, choses qui n'étaient vivantes qu'à demi; et puis, la locomotive sifflait, le convoi repartait en chuintant à travers la campagne saccagée pour mettre bas, un peu plus loin, le lot suivant.
  D'autres détails encore : cinq mille maisons semblables fabriquées à l'emporte-pièce et qui s'alignaient sur les hauteurs, dominant la ville, livrées depuis si peu de temps par l'usine qu'elles étaient encore attachées les unes aux autres comme un chapelet de saucisses; une pancarte : LOGEZ DANS UN WEST HOME, RIEN A VERSER COMPTANT POUR LES ANCIENS COMBATTANTS; un terrain de jeu au pied des collines, ceinturé par un grillage en damier et surmonté d'un panonceau : Ecole de garçons de Saint-Lurke - cinq mille gosses vêtus d'une chemise blanche, de pantalons verts en velours côtelé et d'un sweater également vert qui faisaient une sarabande sur le gravier de la cour; la colonne tournevirait, opérait de brusques crochets, ondulait à la manière d'un serpent et, à chaque saccade, un petit enfant était éjecté, précipité comme un toton contre le grillage. Chaque fois. Et c'était toujours le même petit garçon. Les cinq mille enfants habitaient les cinq mille maisons appartenant aux types qui étaient descendus du train. Des maisons tellement semblables que, régulièrement, les gosses se trompaient de demeure et de famille. Nul ne s'en apercevait. Ils dînaient, ils allaient au lit. Le seul que l'on remarquait était le petit du bout de la file : il avait tant d'égratignures et de bleus que, où qu'il allât, on se rendait tout de suite compte qu'il n'était pas à sa place. Il était incapable de bavarder. Incapable, aussi, de rire. C'est dur, de rire, lorsque l'on sent peser sur soi les ondes venant de chaque voiture qui vous croise, de chaque maison devant laquelle on passe.
   Harding pérorait :
- On pourrait même avoir un lobby à Washington. Une organisation comme l'Association Nationale pour le Progrès des Gens de Couleur. On planterait au bord des routes de grandes affiches montrant un schizophrène postillonnant en train de conduire une superbe machine de démolition rouge et verte : EMBAUCHEZ LES FOUS! Un avenir prometteur nous attend, messieurs."

    Il s'agit donc d'un livre qui devrait avoir une place de choix dans les bibliothèques et les foyers lettrés. Mais un livre que seuls les fous sauront apprécier à sa juste mesure.

Etienne Milena, Salamanque, le 9 mars 2020

mercredi 8 janvier 2020

Un bel esprit

  


   Joseph Joubert a 43 ans quand il écrit à Pauline de Beaumont depuis Villeneuve-sur-Yonne, où il s'est refugié. La comtesse est une de ses deux égéries, avec Louise-Angélique de Vintimille. Joubert, ce périgourdin réfractaire, se trouve dans une presque complète solitude. Sa correspondante vient de musarder avec Madame de Staël chez Mathieu de Montmorency, où elle a connu de près tous les membres de Coppet qui entourent ce militaire révolutionnaire. A Sens, en proie à un ennui bestial, Pauline se laisse aller avec langueur à des divagations romantiques que son admirateur ne goûte plus. Il faut dire qu'elle a des excuses. Toute sa famille s'est faite exterminée durant la Terreur et elle souffre d'une tuberculose tenace. Joubert, engage la comtesse à se tranquilliser. Il lui écrit en août 1797 ces mots  :

   "Je ne crois pas que rien au monde soit plus ennemi du bonheur, ainsi que de toute sagesse, que les passions de l'esprit, quand on les éprouve à toute heure. Celles du sang sont plus sensées. Car remarquez, je vous prie, que les premières ne peuvent être satisfaites ni tous les jours ni tous les mois, ni tous les ans, ni quelquefois tous les vingt ans. Or, y-a-t rien de plus mal vu et de plus propre à tourmenter que de retenir dans son sein et d'alimenter en soi-même, à tous les instants de sa vie, des désirs sans possession et des voracités sans proie ?"

   Soucieux du "bonheur" de Pauline, plus que du sien, le moraliste lui fera connaître trois ans plus tard Chateaubriand, qui a son âge à elle. Mal lui en a pris. La comtesse tombe éperdument amoureuse de François :  "il joue du clavecin sur toutes mes fibres", lui écrira-t-elle bientôt. Joubert accepte stoïquement sa propre disgrâce. On le sait, la vie n'est pas avare en soubresauts karmiques que l'on aurait tort de négliger. Pauline, bientôt délaissée par son nouvel amant, se meurt. Chagrin et tuberculose ne font décidément pas bon ménage. A la décharge de Chateaubriand,  l'auteur du Génie du christianisme est bien trop occupé à vouloir gagner des places et à séduire de nouvelles maitresses, pour se rendre compte du mal-être de sa muse éphémère. Il a accepté un poste d'ambassadeur à Rome, où il pense pouvoir s'adonner à ses diverses passions et se refaire, après avoir flambé auprès de ses amis. Joubert, esprit triste, n'est pas rancunier pour un sou. Il sait se hisser au-dessus de ces sentiments nauséabonds. Sincèrement inquiet des affres auxquelles est confrontées son amie, il enjoint Chateaubriand à la recevoir en Italie au plus vite. Pauline mourra bientôt, non sans avoir fait promettre à François, sur son lit de mort, un peu perfidement tout de même, de s'en tenir à une vie chaste auprès de sa femme.




Etienne Milena ©

dimanche 5 janvier 2020

Pas Jules, l'autre



   J'ai commencé à m'intéresser à la littérature tardivement : à l'âge de dix-neuf ans, il y a près de vingt ans donc. J'avais tenu un journal intime au début de mon adolescence, y grattant toutes sortes de billevesées et de dessins potaches, mais j'avais délaissé ces notes au bout de trois années, frétillant sous l'impulsion de mes hormones en éveil et préférant finalement le basket américain aux sonnets de Ronsard. Notre voisin de palier, très âgé, presqu'aussi sourd que le susdit poète, avait un jour laissé à mon père, pour qu'il perfectionnât son français, un carton rempli de la collection complète des Aventures de Bob Morane. Certains exemplaires étaient vraiment dans un sale état. Mon père, peu enclin aux exercices de perfectionnement de la syntaxe et du lexique du français, avait poussé le carton dans une armoire en maugréant. Ce voisin philanthrope mourut peu de temps après d'une commotion cérébrale. Les pompiers étaient venus rapidement. Mais ils n'avaient pas pu le sauver. Une des autres voisines s'était mise à gueuler. Je dis "gueuler" mais, il s'agissait davantage d'un râle, quelque chose de parfaitement déraisonnable qui rappelait le cri d'une hyène et qui aujourd'hui encore, me glace le sang.

    D'aucuns auraient traité notre voisin de pauvre con, car il n'avait pas fait d'études, il vivotait après une carrière de buraliste; mais nous l'apprécions et sa mort nous peina. Nous aimions son humour caustique et sa finesse, son langage légèrement suranné. La semaine suivante, ses propres enfants, eux-mêmes sur le point d'entamer leurs retraites, étaient venus récupérer les clés du mort. Il s'étaient ensuite rués à son domicile pour s'approprier une partie de l'installation sonore de leurs père (ce dernier avait été, malgré son absence d'éducation et sa quasi-surdité assez récente, un grand mélomane et jouissait d'une chaîne Hi-Fi dernier cri). Cette fratrie si diligente  avait du reste un aspect très élégant : souliers cirés dans lesquels ils eussent pu se mirer à satiété, pantalons à pinces et vestes longues d'où dépassaient des châles rose et vert pomme que l'on devinait très soyeux. Je me souviens qu'ils firent plusieurs voyages et que l'un d'eux ramena la semaine suivante un grand gaillard qui n'était autre que son fils à lui. Il faut dire qu'à l'époque les télévisions étaient des caisses qui faisaient penser au Super Color Tryphonar du Professeur Tournesol et que la Grundig de notre voisin ne dérogeait pas à la règle. On n'était pas trop de deux pour la soulever.

   Bref, la boîte en carton remplie de Bob Morane resta un temps dans l'armoire. Mon père l'avait oublié mais pas moi. Un jour, je me rompis le scaphoïde lors d'une partie de basket, sur le terrain attenant à notre résidence. Mon bras gauche fut mobilisé jusqu'au dessus du coude. Mon bras était resté pétrifié dans un plâtre épais, en un geste qui rappelait le versement d'une carafe d'eau, ce qui, pour un Verseau, n'est pas entièrement contradictoire. Tout cela se produisit en été. Je dus ronger mon frein. Je ne pouvais guère sortir de notre appartement, la sueur créant sur ma peau cachée par le plâtre toutes formes de démangeaisons désagréables.

   Comme je n'aimais ni Roland Garros ni le Tour de France et qu'Internet n'existait pas encore (ou du moins son usage civil), je me décidai à ouvrir le carton des Bob Morane. J'en lus à raison d'un tous les trois jours, ce qui est une cadence lente en comparaison de celle qu'entretenaient les véritables rats de bibliothèques.
   Mais plus tard, je rejetais ce Bob Morane dont les introïts énigmatiques et la continuelle bougeotte m'embarrassaient et entamais mes premières virées dans les médiathèques de bas quartiers. J'y fréquentais de jolies stagiaires sur le point d'embrasser des carrières de documentalistes. Finalement, je dois plus à Henri qu'à Jules  mes premiers émois de lecteur au forceps. Libéré de mon plâtre, je ne l'ai pas été des livres. Cela justifie ce petit texte en hommage à un ancien voisin et à un auteur éclairé.

Etienne Milena

vendredi 20 décembre 2019



     "Mon cher Usbek, quand je vois des hommes qui rampent sur un atome, c'est-à-dire la Terre, qui n'est qu'un point de l'Univers, se proposer directement pour modèles de la Providence, je ne sais comment accorder tant d'extravagance avec tant de petitesse."

                               Montesquieu, Les Lettres Persanes, LIX




mercredi 22 février 2017

De la Bande-Dessinée

Kongo, de Tom Tirabosco

À l'aube de l'an 2000, mon professeur de philosophie me haissait. À sa décharge, je n'étais pas un bon élève.

Le goût du dessin et du basket-ball avaient eu raison de ses listes de concepts-clés. Et j'avais repéré au bout de quelques semaines le caractère artificieux des photocopies de M. Charmil.

Ce dernier pompait allègrement l'Abrégé de Philosophie de Jacqueline Russ, dont il changeait quelques phrases, qu'il nous marmittait en des dossiers présentés comme étant de son fait. Le reste de la classe était un monologue où quantité de lèches-culs prêts à occuper des postes dans un futur immédiat lui passaient sa pommade idéologique, très idéaliste sur le fond. Je ne savais pas pourquoi l'on m'avait mis dans cette classe, la meilleure du lycée. En esprit écolo insufflé par une éducation libérale post-Freinet, je pris M. Charmil à part, au bout de deux semaines, sans néanmoins faire le malin, lui suggérant que nous pouvions nous éviter cette surabondance de papier en nous coltinant tout simplement le bouquin de la Mère Jacqueline dans le texte. Il reçut ma proposition comme une marque d'insolence et, comme disent les Espagnols, dans une expression délicieuse, il me la garda pour le reste de l'année, évoquant un avenir déplorable pour des êtres de mon genre.

Nous fûmes donc couverts de photocopies au kilogramme, où d'ailleurs, Schopenhauer et Nietzsche étaient relegués au rang de pitres secondaires au profit de Sartre et de Jankélévitch dont notre guide prétendait déchiffrer l'essence dans de rigoureuses revues.

J'en viens à ce que je voulais dire.

M. Charmil, parmi ses aversions, avait celle de la Bande-dessinée. Il me savait plutôt respectueux du 9e art et mon insolence jacquelinienne avait gonflé cette aversion en des proportions inégalées. S'il eût eu l'aval de l'administration du lycée, nul doute qu'il n'eût pas hésité à me cracher à la gueule, au grand dam de mes amis Pif et Hercule.

Je lui avais dit que la BD offrait certainement une bonne proportion de soupe, qu'elle constituait un aliment pour des masses affamées de mièvreries, mais que nous pouvions faire le même procès à un certain pan de la littérature contemporaine. Et que s'il fallait choisir une autofiction sur des vacances ou des baises inédites, je jetais mon dévolu sur Pauline à la plage ou les vacances de M. Hulot plutôt que sur certaines billevesées éditées pour un public peu exigeant.


Aujourd'hui, je perçois la BD telle qu'elle est devenue au yeux de la majorité. Un art vif, certes méprisé par ceux qui l'ignorent le plus (à ce titre on peut la comparer au "hip-hop" et à ses pourfendeurs qui rejettent de cette façon une tradition allant de Rutebeuf à Céline), mais un art qui unit tous les autres. Et chaque fois que j'ouvre un roman graphique de qualité, des tableaux expressionistes du remarquable Sekulic aux aventures conradiennes de Kongo, je pense aux tas de photocopies et aux sarcasmes de M. Charmil, qui, malgré ces soubresauts de ma mémoire, n'auront pas su resister à l'épreuve du temps.

mardi 15 décembre 2015

Bobo de nuevo

Droits réservés pour l'illustration (Métapo Infos)



Estoy hecho polvo. Desde que he caído de la escala social para ser un proletario de clase muy baja, me siento todavía más idiota que antes. Me doy cuenta de que soy parecido a esta gente que hace cola delante de las tiendas de comida basura con sus numerosos niños y eso no deja de hundirme imaginarme uno de ellos, porque debo reconocer en toda honestidad que, con mis sueños mediocres de trabajo, de reproducción y de divertimiento, es realmente el caso. Soy uno de ellos. Solo me falta integrar una hipotética hipoteca en mi vida para convertirme definitivamente en la imagen perfecta del occidental moderno con su afán de conformismo absoluto y letal.

¡Pobres pobres! Antaño eran campesinos y tenían esta sabiduría que nacía del contacto directo y espiritual con la tierra. Ahora las clases medio bajas se conforman con la nada universal. Reproducirse, trabajar, divertirse. Y no saben nada de la tierra. Como no tienen suficiente dinero ni educación para comer pescado y comida variada- Se nutren principalmente con porquerías industriales, latas de hipermercados, sodas… Se nutren sobre todo con todo lo que escupe la televisión, digo la pantalla plasma gigantesca que estorba la mitad de sus salones y por la cual no les molesta gastarse la mitad del sueldo durante seis meses: así compran el derecho de ser los destinatarios privilegiados de la mayor parte de los anuncios. Es que ellos se creen todo. Por ejemplo creen en los anuncios de lejías, piensan realmente que estas manchas enormes existen. 


Todos los –ismos reducen el ser humano a una fórmula que puede parecer bonita pero que al final es sólo un eslogan más, una lema estéril ofrecida por el espectáculo a las masas. Ya sé perfectamente por ejemplo que los pijos no valen más que las clases bajas.


A mí lo que más me gusta de los pijos de Francia o de España, porque desde el principio no hablo de un país en general, es el conjunto de colores que eligen. Mezclan ropa rosa, celeste, verde manzana, azul marino, blanco, rojo. Los pijos llevan camiseta con rayas con escudo que puede ser un guiño a su poder nobiliario en tiempos remotos. Ellos andan siempre con ropa que acaban de sacar de la lavadora. Los pijos huelen muy bien. Todo parece pulcro en ellos. Hasta el más mínimo gesto. Me encanta este aire rebelde que quieren darse cuando sacan un cigarrillo, aunque es sorprendente porqué incluso en esta manera de llevar el cigarrillo al aire parece artificial, profundamente antípopulacho. La cumbre está alcanzada por el escritor pijo. A mi me llamo mucho la atención también la manera que intentan no mirarte en la calle. No quieren mezclarse con la vulgaridad ambiente. Y si su mirada cruza la tuya busca en el instante una manera de esquivarse sin comprometerse.

Es el gran elegido por el Dios de los pliegues ausentes. Su ropa planchada no muestra ninguna arruga. Nunca. Y su piel solo superficialmente. El pijo envejece bien, porqué ha vivido toda su vida asumiendo su superioridad enfermiza, pero al final, más sana fisiologicamente. 

lundi 28 septembre 2015

Vivre cent-cinquante ans





Parfois, je me dis que la vie est mal faite et que la mort est très parfaite. Coupante, déchirante, cisaillante, la mort. Alors que la vie est oscillante, passionnante, chiante, exténuante. Toutes ces choses marrantes me hantent.

Je voudrais vivre cent-cinquante ans, ainsi, je comparerais deux siècles, même trois puisque je suis de 1981. Je m’engagerais à écrire un livre sur l’évolution anthropologique de l’humanité jusqu’au XXIIe siècle. Encore faudrait-il que ma cervelle puisse encore se prêter à ce jeu érudit. Ce qui n’est pas gagné.

Vivre cent-cinquante ans présenterait de nombreux avantages, encore faudrait-il que mon corps suive. Pour être dépendant du bon vouloir de l’Etat français une cinquantaine d’années, autant crever à quatre-vingt ans comme tout le monde.

Vivre cent-cinquante ans, d’accord, mais sans perdre cette forme d’agilité physique, qui est favorable à la bandaison. Bah, ce n’est pas que j’entamerais une nouvelle collection de conquêtes à la Casanova à mes quatre-vingt dix ans (mon physique ne s’y prêterait pas, quoiqu’une certaine expérience globale de baise (presqu’un siècle tout de même...) pencherait sans doute dans la balance, à l’heure de la grande sélection naturelle. Mais je serais bien ingénu de ne pas profiter de ce rabe octroyé par la vie pour ne pas me défouler les glawis avec de jolies filles des temps futurs.

À cent-quarante trois ans, je mentirais bien entendu sur mon âge pour passer mes sept dernières années - chiffre magique - dans une forme de luxure glorieuse. Si l’humanité n’existe pratiquement plus à ce moment, offrant le paysage singulier de conflits entre tribus cannibales, sur une terre partiellement irradiée et totalement déboisée, je repeuplerais le monde avec une belle indigène. C’est une façon d’acheter un peu d’éternité à bon prix avant de clamser.

Oui, vivre cent-cinquante ans me permettrait de connaître trois siècles de gloire et de décadence.

Papy rejoindra la terre, après ces dernières insouciantes galipettes, fort de son experience. On retrouvera son journal flottant sur l'horizon mazouté, après l'enième guerre nucléaire et l'éradication des autres espèces qui offrait en des temps lointains une certaine variété de paysages.

Il s'agirait d'une alternative intéressante en soi, avec un dénouement somme toute classique.

Etienne Milena, le 28 septembre 2015

jeudi 10 septembre 2015

Ma clé USB

















J’ai fait tenir mon entière existence,
dans les 8 grammes de ma clé USB.

Je ne sais pas si elle s’est alourdie,
ni même si elle a retenu la moindre phrase
de mon ébranlement intérieur.

Ma clé USB ne craint pas les intempéries,
Ni le feu qui guette, imperceptible.
Pour cela, je lui fais confiance, je la tiens dans ma poche.

Si je m’échappe de la ville,
je peux toujours hiberner dans une zone de moindre risque,
ressasser mes 16 Gigabytes de douloureuses introspections
Marmonner, impénitent, mon insatisfaction globale
Je peux aussi m’effondrer sur la route,
reçevoir la balle perdue d’une partie de chasse,
Singer l’agonie.
Qu’on me fasse les poches,
Que restera-t-il ? 

Une clé USB hermétique et tenace
Que le voleur jettera dans les broussailles,

Un fond d’éternité rendu à la terre,

Biodégradable comme tout le reste.

samedi 5 septembre 2015

Les trois classes d'individus







Je me promène avec B., mon grand ami architecte, dans les rues de notre ville castillane. Son air jovial d’adolescent quarantenaire me distrait de moi-même, de tout ce poids superflu. Il s’arrête à chaque édifice et me livre une anecdote sur l’auteur de l’oeuvre qui se dresse devant nous, car il connaît tous les membres de cette corporation. Ça fuse. « Este es un tonto de remate: mira que idiotez que este hombre » (« celui-ci est con à bouffer du foin: regarde l’idiotie de cet homme. ») me dit-il en me montrant un bloc surmonté de deux cheminées grotesques. C’est vrai que cet espace grand guignolesque ne réjouit pas la rétine. Nous bifurquons vers une autre zone. « Este es un pedante » (« celui-ci est un pédant. »), clame-t-il devant un hôtel post-franquiste imposant. Il est vrai qu’on devine une personnalité sans grandes idées dans ces formes stridentes. Un plouc en cravates, du genre banquier. « Efectivamente » me confirme B., je viens de décrire l’auteur de ce sinistre repère à rentiers désoeuvrés, que B. connaît personnellement.  Puis nous nous arrêtons devant une école de Beaux-Arts: là, il se fait doux comme un agneau, presque mélancolique: « Mira este, se suicidó: amaba exesivamente a la vida » (« celui-là s’est suicidé: il aimait excessivement la vie »). Nous admirons le bâtiment moderniste de couleur jaune et bleue. Tout s’enchevêtre avec une élégance discrète. Les oiseaux chantonnent, comme pour acquiescer. « Una persona deliciosa. » ajoute mon ami.

B. m’a rappelé ces lecteurs qui choisissent les livres en fonction du visage de leurs auteurs.

Il a face à la laideur des bouffées de haine que je ne m’explique pas. L’architecture est selon lui comme la chirurgie esthétique, mais imposée à des milliers de personnes. Mais on peut difficilement se dépêtre d’un bâtiment qui défigure un paysage, alors qu’un nez boursouflé peut être transformé par un coup de bistouri. Ce qui est en soi révoltant.

Je lui parle d’Ashgabat, et de Tel Aviv. Si j’avais été dictateur, j’aurais choisi d’exercer ma profession en Turkménistan, pour faire défiler mes armées dans ces amples avenues de marbre immaculé ouvertes au grand jour. Mon palais aurait cette touche d’indolence orientale dont les turkmènes raffolent.
Nous nous asseyons à la terrasse d’un bar tenu par un couple d’homosexuels bosniaques, ce qui consolide la tournure cosmopolite de notre promenade.

B. aime ma classification antropologique des classes d’individus. Il l’utilise à tout bout de champ. Il y en bien trois selon moi : les hommes de désir, les consommateurs et les fétichistes.

L’homme de désir est un homme d’action, il agit par négation du réel et se projette incessamment. La virilité est sa vertu. Il a besoin de scruter l’horizon, de chasser, de construire.

Le consommateur jouit et jette. Il ne fait que cela. C’est l’écrasante majorité. Peu d’imagination est ce qui le caractérise le mieux.
L’homme d’église par exemple fait partie de cette classe. Car le dévôt ensoutané consomme Dieu comme d’autres les yaourts allégés en sucre.

Le fétichiste, lui, ne s’intéresse à la vie que pour en garder une trace, une histoire à se raconter. Il collectionne les morceaux du réel et, s’il consomme son amour, c’est surtout « l’idée » de l’amour qui fait partie du champs de ses obsessions. Sa femme peut déguerpir, il se construira des songes consolateurs. Les fétichistes sont les écrivains plus que les peintres. Il peut entrer une part de narcissisme dans cette classe d’individus, mais la solitude ne leur est pas une charge. Il n’ont pas besoin d’applaudissements pour survivre. Ils sont leur propre coopérative auto-suffisante. Leur propre prison dorée... quoique parfois sordide.

A mon goût pour les supermarchés et les bibliothèques publiques, je me sens proche del « hombre de la multitud », mais je déplore tout de même que les autres espèces soient en voie de disparition, alors il me plaît de penser que je navigue parfois entre les deux autres, comme B.

Enfin, si je n’ai pas un petit creux avant.

Etienne Milena ©

jeudi 3 septembre 2015

Le grand ménage





Ce matin, j’ai fait le ménage. 

Je fais partie de la première génération qui a pu échappé au service militaire, mais j’ai gardé l’habitude de frotter le sol et remuer la poussière sans ordre depuis en-haut dès mon plus jeune âge. Cela me permet également d’écouter de vieilles musiques oubliées sur ma radio, qui lit les Mp3. Emile et image ou Félix Gray font mon ravissement. Ça repose l’esprit. Cette déconnexion progressive des neurones est en même temps très utile. On sort de cette méditation avec un appartement remis à neuf, et des sols qui brillent et sentent le citron. 

C. a essayé de me pousser il y a peu dans une classe de méditation, c’était dans le sous-sol d’une entreprise de co-working. Des câbles pendaient au plafond, on aurait dit que nous allions entamé quelque orgie dans un hangar désaffecté ou un obscur shoot collectif. La vérité, c’est que nos actes semblaient prémédités par une loi tacite, celle qui consistait à ne pas laisser l’autre deviner nos multiples névroses. Cela ressemblait à une banale réunion d’alcooliques anonymes venus cette fois-là pour s’étirer les fesses. La pudeur qui émanait du groupe était forcée. J’étais sorti de cette première session plein d’idées sombres. Le discours du yogi ne m’avait pas plu. La respiration en kapalobati m’avait laissé plus nerveux que je lorsque j’était entré. Je suis persuadé depuis qu’un type de surventilation peut avoir une incidence néfaste sur l’anxiété. 

J’avais déjà essayé le kundalini avec une jeune psychologue, M.  recommandée par mon voisin, un peintre expressionniste qui travaillait dans un abattoir de nuit. M. était une jolie castillane, avec des rondeurs qu’excusait sa grande sensualité. J’admirais sa tonicité et sa manière d’enrouler sa serviette blanche autour de sa tête avant chaque séance. Une mèche dépassait parfois de ce fin tissu. À ses côtés, un type louche, qu’on devinait éperdument amoureux d’elle, assistait à ces galipettes mystiques avec passion. Son excès de zèle le trahissait. Je me souviens très bien du creusement des reins de M. quand elle nous faisait nous accroupir et faire des sortes de pilates mélangés à des salutations au soleil. Nous récitions des mantras le vendredi à 6h du matin, jusqu’à l’apparition du soleil, justement. Puis nous déjeûnions. Elle nous faisait du thé à l’orchidée sauvage. J’apportais quant à moi des pitchs fourrés au chocolat. J’y suis allé trois fois. Mais la paresse me gagna et j’oubliais bien vite ce devoir hebdomadaire sur moi-même. 


Je m’inscrivis une fois à la Bio Danza de l’association des voisins. Nous nous caressâmes la tête et dansâmes sur "Happy feet" dès le premier jour. Tant de proximité fit paradoxalement s’estomper toutes les pensées interlopes. J’eus néanmoins la bonne idée d’être le seul garçon, ce qui évita les jalousies et autres comparaisons mesquines. Quelques femmes en pré-retraite venaient s’ajouter à la fête et en sortaient revigorées. Elles allaient ensuite à l’herboriste de la même rue acheter du pain intégral et retrouvaient leurs maris dépressifs à la fin de la journée. Je les croisais parfois dans le centre ville, accompagnés de ces pauvres bougres, dans la routine de diverses courses. Nous échangions des sourires empreints de bieveillance et de compréhension mutuelle.

Mais j’ai délaissé la Bio Danza au bout de cinq sessions. Les maris nous surprirent en train de nous chatouiller les aisselles sur du Sting, car la monitrice avait laissé la porte entrouverte pour faire circuler l’air. Je ne voulais pas de conflits. Ma lâcheté fit le reste. Je m’éclipsai.

À présent, je médite une à deux fois par semaine avec ma serpillère et Emile et Image, avec cette sensation d’atteindre ce ramollissement jovial des sentiments tant recherché.

mardi 1 septembre 2015

Gnossiennes





Dans la solitude de sa chambre, Satie composait.

A ses vingt ans, il vécut à Montmartre. Ses amis étaient Ravel, Debussy, Picasso. Il jouait du piano dans les cafés. Les musiques orientales, découvertes lors de l’exposition universelle de 1889, eurent une grande influence sur lui.

A trente ans, sans le sou, il s’exila en banlieue, à Arcueil.

Comme un oiseau tapi au coin d’une fenêtre, il attendait que l’hiver cesse. Au dégel, il tapait sur les gouttières et les tuyauteries pour créer de nouveaux sons. On le croyait fou.

Les voisins le maudissaient.

Il fut l’unique hôte de son église. L’automne surtout, il regardait tomber les feuilles. Il cherchait des rythmes dans la nature qui pourraient nourrir son oeuvre.

Il se levait tôt et suivait un horaire strict. Chaque repas, chaque note, devaient obéir à un plan défini. Il distinguait chaque minute de l’existence, comme si les aiguilles de son horloge étaient deux diapasons. Son regard était celui d’un orfèvre.

Il étudia très tard la musicologie pour parfaire son art. Il haïssait l’esbroufe. Malgré son âge, il fut un brillant étudiant, toujours soucieux de se perfectionner.

Il n’était pas romantique. Mais l’argent ne l’intéressait pas. Un jour, une revue lui proposa une collaboration. La somme qu’on devait le payer ne l'avait pas convaincu, il la jugeait excessive. Il s’emporta.

Il n’aima qu’une seule femme, la peintre Suzanne Valadon. Il l’appelait Biqui, il lui écrivait des poèmes. Elle le laissa pour un banquier. Cet amour définitivement perdu lui fit écrire les Vexations, qu’il recommanda de jouer 840 fois d’affilée à ses interprètes.


Son art s’éleva par cette absence insurmontable. Il fit revivre Biqui par la musique. Il mourut misérable, sans que ses amis ne se doutèrent de l’état calamiteux de ses finances, car il ne reçevait jamais personne à Arcueil. Il laissa une oeuvre qui elle, n’a jamais veilli, qui exprime l’anxiété et les désirs hésitants d’une âme emplie de mélancolie, cloîtrée dans l’attente. Les mots ne suffisent pas à rendre justice à la musique de Satie, et ce n’est pas une pirouette langagière, ni un prétexte donné à la paresse que de le dire. Il faut s’emplir de ses Gnossiennes jusqu’à satiété pour comprendre que les analyses seront toujours insuffisantes et que ces notes qui tournoient au-dessus de nous comme des nuées d’oiseaux sont là pour nous faire oublier le plat langage de la Communauté.

vendredi 21 août 2015

Poème matinal, par Etienne Milena

Tu sens la tristesse au sein du monde ? Ça ne va pas durer
Tu est heureux ? Ça ne va pas durer

Celestial ou décrépi, tu ne vas pas durer
Dandy spécial ou pauvre nanti.
Ne durera pas, ne peut durer.
La vie passe, le silence délasse, l'homme se surpasse
Ne durera pas, ne peut durer

Images peintes, images succintes,
Images feintes
Ne dureront pas,

Ne peuvent durer.