lundi 28 septembre 2015

Vivre cent-cinquante ans





Parfois, je me dis que la vie est mal faite et que la mort est très parfaite. Coupante, déchirante, cisaillante, la mort. Alors que la vie est oscillante, passionnante, chiante, exténuante. Toutes ces choses marrantes me hantent.

Je voudrais vivre cent-cinquante ans, ainsi, je comparerais deux siècles, même trois puisque je suis de 1981. Je m’engagerais à écrire un livre sur l’évolution anthropologique de l’humanité jusqu’au XXIIe siècle. Encore faudrait-il que ma cervelle puisse encore se prêter à ce jeu érudit. Ce qui n’est pas gagné.

Vivre cent-cinquante ans présenterait de nombreux avantages, encore faudrait-il que mon corps suive. Pour être dépendant du bon vouloir de l’Etat français une cinquantaine d’années, autant crever à quatre-vingt ans comme tout le monde.

Vivre cent-cinquante ans, d’accord, mais sans perdre cette forme d’agilité physique, qui est favorable à la bandaison. Bah, ce n’est pas que j’entamerais une nouvelle collection de conquêtes à la Casanova à mes quatre-vingt dix ans (mon physique ne s’y prêterait pas, quoiqu’une certaine expérience globale de baise (presqu’un siècle tout de même...) pencherait sans doute dans la balance, à l’heure de la grande sélection naturelle. Mais je serais bien ingénu de ne pas profiter de ce rabe octroyé par la vie pour ne pas me défouler les glawis avec de jolies filles des temps futurs.

À cent-quarante trois ans, je mentirais bien entendu sur mon âge pour passer mes sept dernières années - chiffre magique - dans une forme de luxure glorieuse. Si l’humanité n’existe pratiquement plus à ce moment, offrant le paysage singulier de conflits entre tribus cannibales, sur une terre partiellement irradiée et totalement déboisée, je repeuplerais le monde avec une belle indigène. C’est une façon d’acheter un peu d’éternité à bon prix avant de clamser.

Oui, vivre cent-cinquante ans me permettrait de connaître trois siècles de gloire et de décadence.

Papy rejoindra la terre, après ces dernières insouciantes galipettes, fort de son experience. On retrouvera son journal flottant sur l'horizon mazouté, après l'enième guerre nucléaire et l'éradication des autres espèces qui offrait en des temps lointains une certaine variété de paysages.

Il s'agirait d'une alternative intéressante en soi, avec un dénouement somme toute classique.

Etienne Milena, le 28 septembre 2015

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