lundi 29 février 2016

Avec Xavier Rubert de Ventós





" Ce livre est mon témoignage, ma réaction aux premiers symptômes de la maturité. J'avais trente ans et je commençais à sentir que j'allais acquérir plus de qualités qu'il n'en fallait, que mon caractère commençait à saturer mes sens, que je disposais de réflexes et de réponses pour tout, que chaque jour j'avais plus d'idées et d'attitudes prises, que mes gestes coagulaient sur mon visage et que tout ce que je faisais ou disais ressemblait de plus en plus à moi-même, chaque fois plus prévisible et redondant. Je venais d'entrer dans l'univers éthique de la maturité et j'étais disposé à rendre à celle-ci mes hommages, mais pas le monopole des valeurs. "

Xavier Rubert de Ventós, Self-Defeated Man, (traduction personnelle pour le fragment, Copyright Harper & Row, 1975)


dimanche 28 février 2016

Antitweet 45



Il est des gens qui veulent sauver les autres sans leur consentement. Si de telles personnes se tournent vers les autres, c'est là la conséquence du mauvais négoce qu'elles entretiennent avec elles-mêmes: ce sont, au sens psychologique, des dominants blessés. La bonne conscience a beau combler des manques, les victimes ciblées préfèrent continuer de choir en paix, plutôt que d'être sauvées par cet altruisme-là, qui leur ôte leurs mérites propres et, au fond, cherche son propre salut. 

Etienne Milena ©


vendredi 26 février 2016

Antitweet 44



Dans le travail non-voulu, l'homme devient incapable de réfléchir et de créer quoique ce soit. Il attend donc avec impatience l'âge de la retraite, où il pense que ses facultés reapparaîtront dans ses dernières années sur la terre, sorte d'avant-goût du repos éternel. À rebours de l'hypnose collective, se trouve l'individu libre, celui qui n'attend pas d'avoir vieilli pour s'imaginer une retraite, ni de se laisser duper par des simulacres de besoins, qui lui auraient dérobé le plus précieux de son temps et de sa vivacité.

Etienne Milena ©

mardi 23 février 2016

Antitweet 43



Les hommes ne savent pas ce que veulent les femmes, à l'image de ces dernières, qui n'en savent pas davantage.

Etienne Milena ©

lundi 22 février 2016

Antitweet 42


Le désir d'être bien considéré, le plus tenace chez les hommes, s'accomode souvent de vices de forme et d'usurpations. Pour le sens commun, la récompense des regards approbateurs, même ignorants, relègue la satisfaction du travail accompli au rang des émotions secondaires.

Etienne Milena ©

vendredi 19 février 2016

Antitweet 41



Tout porte à croire que Dieu prend partie pour les personnes désorganisées, qui lui ressemblent.

Etienne Milena ©

jeudi 18 février 2016

Antitweet 40




Crypto bouddhisme - Le style est à l'image du bonheur : le chercher est la meilleure façon de ne pas l'atteindre.

Etienne Milena ©

Avec Salvador Pániker, sur le B.







(fragment de Journal d'Automne de Pániker, la police de caractère ayant le mal de mer - mareada - n'est pas de mon fait) 


"Appels téléphoniques, personnes qui m'ont vu à la télévision, dans le programme Millenium, qui traitait du bonheur. En effet, ce programme gravé il y a deux semaines de cela dans les studios de TV3 a été retransmis hier soir. Le thème du bonheur est fastidieux et creux. (Le mot sanskrit ananda recouvre des connotations plus complexes. A.K. Coomaraswamy dit qu'à chaque concept de psychologie anglais correspondent quatre concepts grecs et quarante du sanskrit). Ortega pensait que le bonheur était le point de rencontre entre la vie réelle d'une personne et son "projet vital" le plus irrévocable, et que la mauvaise humeur était le symptôme du malaise de l'être vivant allant contre sa vocation. (ma sensation est celle d'avoir affaire à beaucoup de gens "mal cadrés" : ils ne coïncident pas avec ce qu'ils auraient dû être. ) À la télé, j'explique pour la énième fois que ce qu'il faut faire avec le B. est de ne pas le chercher. Les boudhistes l'ont déjà dit : le désir du nirvana empêche le nirvana. J'ai également fait allusion à ce que Candace Pert appelle les molécules du bonheur, à savoir les endorphines. Et à la tradition gréco-romaine de sapiens beatus est - "le sage est heureux" - cher à Cicéron. Mes interlocuteurs - le sociologue Jésus de Miguel, la psychologue Diana Guerra et la directrice de la revue Cosmopolitan, Sara Glattstein. - furent discrets. Le présentateur, Vicenç Villatoro, s'est maintenu à un niveau  de trivialité asceptisée. Les commentaires, aujourd'hui, ont été élogieux. (...) Hormis les lieux communs déjà mentionnés, j'ai fait allusion à l'actuelle abherration consistant à vouloir être éternellement jeune. Je me suis référé également aux récentes études qui traitent du Bonheur Intérieur Brut (BIB), comme extension du concept de PIB. (...) Les latins distinguaient le felix, du beatus, celui qui possède des biens extérieurs, et celui qui a atteint un état de plénitude intérieure. La condition de beatus, chacun doit la gagner par soi-même." 

J'ajoute que la condition de beatus se gagne par chacun, mais que d'après l'auteur, il ne faut pas la chercher.


mercredi 17 février 2016

Antitweet 39



Les gens beaux partent avec une longueur d'avance dans le monde du spectacle, mais une longueur de retard dans le monde des lettres. L'attraction physique éveille moins la curiosité intellectuelle que la plus simple frivolité. Pour être bien lu, il faut sans doute être mort et atteindre ainsi à l'aura suprême de l'immatériel, par delà les physiques avantageux ou disgracieux, qui servent le bavardage, mais desservent les artistes. Choisir l'ombre est une manière de compromis, entre une fin tragique, et le risible babillage des hommes.

Etienne Milena ©

lundi 15 février 2016

Libros prestados



Frustré de n'avoir pas accès aux nouveautés françaises, je me rabats vers les espagnoles. J'en oublie presque le français, ma langue. Paniker n'est pas une nouveauté, mais j'ai tant aimé son Journal que je souhaite prolonger l'aventure avec un opus de son oeuvre philosophique. 

Les philosophes écrivent parfois mieux que les écrivains de fiction, par le fait qu'ils ne s'empêtrent pas dans des niaiseries. Ils savent faire claquer les portes et les phrases. Ils sont souvent très curieux des choses les plus hétéroclites, comme bon nombre de scientifiques (quand ceux-ci ont quelque penchant pour la littérature) et lisent avec passion. Les écrivaillons des lettres ne savent souvent rien des autres disciplines. Comme si l'impulsion de l'écriture était autre chose qu'une certaine concentration portée sur des faits disparates.

J'ai en moi un mépris du travail salarié. Mais je me surprends depuis quelque temps à tirer une forme d'admiration pour les travailleurs qui prennent le temps de créer malgré les heures d'usine ou de bureau. J'en fais en effet partie. Leur mérite est beaucoup plus grand.

Ces quatre livres seront mes lectures des trois prochaines semaines. Avec le Pdf de LTI de Klemperer, trouvé sur le site de Stéphane Zagdanski, ils me serviront de jalons dans mes prochaines échappées.

Des quatre autres, j'en ai lu seulement deux. Mais j'ai l'excuse du travail.

Le travail que je méprise et respecte à la fois.

Antitweet 38



La sagesse nous enseigne à nous préparer à notre propre mort, mais pas à celles des autres. Vieillir, c'est planter le décor d'une hécatombe.

Etienne Milena ©

dimanche 14 février 2016

Antitweet 37



Pour les âmes sensibles, la beauté est souvent insupportable. Pour les médiocres, elle l'est tout autant, mais pour des raisons opposées.

Etienne Milena ©

Antitweet 36


Walter Benjamin  à rebours - Sur Internet, la bêtise est récompensée en de plus grandes proportions que dans le réel. La reproduction cybernétique redéfinit en effet l'aura de la nullité, au bénéfice de cette dernière.

Etienne Milena ©

vendredi 12 février 2016

Antitweet 35



On peut expliquer la paranoïa et la susceptibilité qui sévissent dans les cercles littéraires et politiques, où chaque parole est perçue comme une escarmouche, une tentative de nuire, par le temps considérable laissé au jugement, durant lequel la pensée ne s'occupe que de broutilles, et finit par s'allier à son contraire, le préjugé.


Etienne Milena ©

jeudi 11 février 2016

Antitweet 34



La lucidité autoproclamée utilise un autre type d'oeillères. "Être déniaisé", à la première personne, laisse entendre qu'on ne l'est pas totalement.

Etienne Milena ©

lundi 8 février 2016

Antitweet 33



Si chaque individu se réalisait, nous vivrions dans un état de guerre permanente. Ne blâmons pas les dépressifs et les perdants, qui nous permettent de tenir la route.

Etienne Milena ©

dimanche 7 février 2016

samedi 6 février 2016

Antitweet 31




Le public se montre plus exigeant avec les amateurs qu'avec les spécialistes, à qui il pardonne jusqu'aux idées les plus loufoques, qu'il juge comme supérieures ou originales, quand, dans la bouche d'un autre, moins reconnu, les mêmes idées sont interprétées comme fantaisistes et méprisables. Ceci s'explique sans doute par l'esprit d'adulation d'une part, et celui d'imitation de l'autre.


Etienne Milena ©

jeudi 4 février 2016

Baudelaire, Charles Aznavour et Vald à 3h21 du matin








ANYWHERE OUT OF THE WORLD
Charles Baudelaire
"Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.
Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.
« Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne ? Il doit y faire chaud, et tu t’y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l’eau ; on dit qu’elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu’il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût ; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir ! »
Mon âme ne répond pas.
« Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante ? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l’image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons ? »
Mon âme reste muette.
« Batavia te sourirait peut-être davantage ? Nous y trouverions d’ailleurs l’esprit de l’Europe marié à la beauté tropicale. »
Pas un mot. — Mon âme serait-elle morte ?
« En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal ? S’il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort. — Je tiens notre affaire, pauvre âme ! Nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l’extrême bout de la Baltique ; encore plus loin de la vie, si c’est possible ; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer ! »
Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : « N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde ! »


Un livre d'un certain Mourre


Il n'y a que M. Victor pour parler des conflits en Inde, des guérillas marxistes qui sévissent dans l'Est du pays. Souvent, d'un point de vue géopolitique et culturel, l'Inde est négligée. C'est pourtant, plus que la Mésopotamie, après l'Afrique noire, le berceau de l'humanité. Les premières villes indiennes, enfouies non loin des côtes, en sont la preuve. Et les études génétiques montrent clairement que la migration des premiers peuples vint d'Afrique de l'Est via l'actuelle Arabie Saoudite.

Reprenant un livre de Michel Mourre consacré aux Aryens, je prends ces notes. Il est très rare que je lise sans prendre de notes. Parfois, cela reste sur des bouts de feuilles raturées, délaissées dans des tiroirs. Parfois j'apprends par coeur des passages entiers, à force de relire des fragments anotés.

Il y a des gens qui travaillent. D'autres, qui ne travaillent pas, s'ennuient. Ils sont pour moi le mystère.


"Vers 1500 avant notre ère, plus tôt peut-être, dès le début du IIe millénaire, des hommes de haute taille et au teint clair font leur apparition à la passe de Peshawar et sur les cols difficiles des montagnes de l’Hindou Kouch. Descendant vers la plaine par petites vagues successives, ils vont lentement pénétrer dans le Penjâb (autrefois Pancanada, « pays des cinq fleuves ») puis dans le bassin du Gange, enfin dans le nord du Dekkan. Frères de race des Mèdes et des Perses, ils viennent du plateau iranien. La forme la plus archaïque de leur langue, le sanskrit védique, se rapproche du « vieux perse » des inscriptions achéménides et de l’avestique des textes mazdéens anciens. Des liens plus lointains mais sûrs l’apparentent aux grandes langues européennes ; on suppose donc l’existence antérieure d’une langue indo-européenne commune.

Ils sont surtout remarquables par leur langage complexe et souple, merveilleusement adapté aux opérations mentales les plus aiguës. (…) La grâce patrimoniale des Aryens, c’est celle de l’abstraction. Appellent les races qu’ils soumettent dasas, (les accroupis, les rampants)"

Sur les textes védiques, M.Mourre écrit, mais je ne sais plus si je n'ai pas ajouté quelques mots aux siens. Mettons les guillemets par prudence et respect. "L’Inde aryanisée a laissé une immense littérature sacrée. Ce que nous en possédons n’est pourtant qu’une mince partie du fond primitif. Les œuvres connurent les aléas de la tradition orale, non par ignorance, mais par dédain de l’écriture : celle-ci n’est pendant longtemps qu’un procédé mnémotechnique. La parole est souveraine. Autant que dans le sens, la vertu des formules sacrées réside dans la justesse de l’élocution. La forme importe plus que le fond. Les textes védiques ne disent pas : « Il est écrit », mais « il est ouï ». (…) Leur composition, due probablement à des poètes religieux qui se succédaient de père en fils (c’était parfois de vrais artistes, au métier raffiné) s’étend sur une période de plus d’un millénaire, depuis Rigveda (env. 2000 – 1500 av. JC) jusqu’aux grandes Upanishads (VIIe s av. JC) mot évoquant l’idée de mystère de secret = le Véda."

J'avais noté que Atman était l'âme individuelle, le souffle vital (atmen en allemand = respirer, grec atmos = poitrine) Brahma correspondant plutôt à l'âme universelle

Le brahmane est le Tout et également l’âtman à l’intérieur du cœur. Mais cet atman est plus petit qu’un grain d’orge et cependant plus grand que la terre, plus grand que le ciel et plus grand que le monde que voici. (Chândogya Upanishad)

Puis cela devient de la prise de notes très désagréable à lire. Mais je n'en ai cure car ce blogue est surtout un pense-bête et si je m'amuse de voir qu'il est fréquenté, ce n´est pas mon obsession. Le public a si mauvais goût que je ne prends pas forcément cela pour un compliment. 

La littérature védique comprend d’abord les quatre samhitâs ou « recueils ». Védas textes rituels.

Les dieux du Véda ont une nature ambivalente : Rudra, à la fois redoutable et bienfaisant, guérit les maladies qu’il a lui-même apportées. Chasteté virile.

Rishis reçoivent le message divin : Indra, seigneur de la tempête (parent du Thor germanique, ivre parfois), Agni, personnification du feu sacrificiel, Soma, le filtre divin, recèle dans son jus la mana, la force vitale immanente qui meut l’univers. Le rta (loi impersonnelle) équivalent du tao ? Dyaush pitâ (le ciel père) Terre Dyâvâprithivî plus tard Aditi. On l’identifie parfois à la vache sacrée. Plus tard Varuna, « l’universel environnant », le ciel qui recouvre tout. Varuna part dans une optique transcendantale, vite abandonné. Varuna-Mitra représente le couple jour-nuit.

Dieu des voyages, Pûshan, gardien des routes, guide des hommes et des bêtes.

Doctrine de l’homme primitif : ce seigneur des créatures s’appelle « Prajâpati » sa plus noble partie purusha l’autre va sur terre. (oui moi je m'y retrouve)
Avant l’être et le non-être, avant la mort et la non-mort, avant la nuit et le jour, l’Un existait, mû de soi-même, enveloppé par le vide infini. Sous l’effet d’un échauffement apparut le désir, premier germe de la pensée. L’Un vint ainsi à l’être et se décomposa en deux principes, mâle et femelle, d’où procéda l’univers multiple. Le monde est émané de l’Un universel, dans lequel il continue à subsister.

Le mal n’existe pas. Les anciens Indiens s’effraient de la souillure.


Avoir pénétré l’esprit des paroles révélées n’est rien. Savoir le Véda, c’est d’abord savoir le dire.

Antitweet 30




Ce que guette la médiocrité, est le faux pas du talent, puisque le génie, est trop éloigné de sa sphère pour qu'elle s'en occupe. C'est cette nostalgie du nivellement qui donne à la médiocrité un certain talent pour décomposer tout ce qui la dépasse mais n'échappe pas entièrement à sa compréhension.


Etienne Milena ©

Antitweet 29




Dans l'expression "politique à visage humain", ce n'est pas le terme "politique" qui laisse présager le pire.

Etienne Milena ©

lundi 1 février 2016

Antitweet 28



Le pessimiste juge l'existence intolérable mais fait rarement l'effort du suicide, qui donnerait une toute autre couleur à ses propos. On se contenterait pourtant d'un simple scandale, d'une corde au cou ou d'une simultion grotesque, comme celles qu'on voyait dans les ménages d'antan. Mais rien ne vient, et pour orner sa pose, le pessimiste n'a finalement besoin que de formules désabusées, faites pour rassurer les témoins quant à la teneur de son dégoût.


Etienne Milena ©