jeudi 31 décembre 2015

Première dame

Es verdad que la primera muse de France is hot.

I don't know what she found in him. He is surely as handsome as Cresus.






I guess that's why french people stay on the left wing. 




Maybe Leonor Watling deserves more. 
If I would have been the king of Spain, if I would have been alone too, I would have tried to arrange a date with Leonor.

She would be a good choice to represent the country.


Antitweet 1


Les gens de bons conseils n'en donnent pas.


Etienne Milena ©

samedi 26 décembre 2015

El rostro de España


Miguel Hernández

"El recuerdo de Miguel Hernández no puede escapárseme de las raíces del corazón. El canto de los ruiseñores levantinos, sus torres de sonido erigidas entre las oscuridad y los azahares, eran para él presencia obsesiva, y eran parte del material de su sangre, de su poesía terrenal y silvestre en la que se juntaban todos los excesos del color, del perfume y de la voz del Levante español, con la abundancia y la fragancia de una poderosa y masculina juventud. Su rostro era el rostro de España. Cortado por la luz, arrugado como una sementera, con algo rotundo de pan y de tierra. Sus ojos quemantes, ardiendo dentro de esa superficie quemada y endurecida al viento, eran dos rayos de fuerza y de ternura. Los elementos mismos de la poesía los vi salir de sus palabras, pero alterados ahora por una nueva magnitud, por un resplandor salvaje, por el milagro de la sangre vieja transformada en un hijo. En mis años de poeta, y de poeta errante, puedo afirmar que la vida no me ha dado contemplar un fenómeno igual de vocación y de eléctrica sabiduría verbal."

Pablo Neruda, Confieso que he vivido,

jeudi 24 décembre 2015

One direction

copyright Etienne Milena 2012 (click to enlarge)


She kills me without even doing anything, since she appears as a fleeting desire, an arrow.



mercredi 23 décembre 2015

La main perverse




"Nous avons pu vérifier que l'irrationalité du système dans son ensemble ne dérive pas de l'irrationalité ni de la brutalité de l'individu, mais plutôt, paradoxalement, de sa rationalité et de la défense de ses plus "légitimes intérêts". "L'égoïsme raisonnable" et la "réalisation" de chacun produit l'irrationalité d'un système qui semble sécréter de façon endogène les exigences et les fins de son propre développement, et finit par fabriquer des objets sans que personne ne sache exactement pourquoi certains hommes meurent de la faim et d'autres du colesterol. La main invisible est une main perverse."

Xavier Rubert de Ventós,  Etica sin atributos, 1996 (traduction personnelle)


jeudi 17 décembre 2015

Miossec is worth it




" Ce qui n'était pas gagné d'avance est désormais perdu
"Lo que no estaba ganado de antemano ahora está perdido"
"What wasn't easy to win is lost now"

"Seul ce que j'ai perdu m'appartient à jamais
"Solo lo que he perdido me pertenece para siempre"
"Only what I lost belongs to me forever"



mercredi 16 décembre 2015

Connaître Wislawa Szymborska

Discours Nobel 

(traduction: Etienne Milena) 



Le 7 Décembre 1996

Le Poète et le Monde


On dit que la première phrase d’un discours est toujours la plus difficile. En tout cas, à présent, celle-ci est derrière moi. Mais j’ai comme l’impression que les phrases qui vont suivre – la troixième, la sixième, la dixième, et ainsi de suite, jusqu’à la ligne finale – vont être toutes aussi difficiles, puisque je suis supposée parler de poésie. A ce sujet, j’ai dit très peu de choses, quasiment rien, en fait. Et même si j’avais dit quelque chose, j’ai toujours suspecté en secret que je ne suis pas très bonne à cela. C’est pourquoi ma conférence sera plutôt courte. Toute imperfection est plus facile à tolérer quand elle est servie à petites doses.


Les poètes contemporains sont sceptiques, voire suspicieux, particulièrement envers eux-mêmes. Ils confient publiquement qu’ils sont poètes à contrecoeur, comme s’ils en étaient un peu honteux. Mais en nos temps grinçants, il nous est bien plus facile de reconnaître nos fautes, du moins si elles sont emballées d’une façon attractive, que de reconnaître nos propres mérites, puisque ceux-ci sont profondément cachés et que nous ne croyons pas en eux nous-mêmes… Quand ils remplissent des questionnaires ou qu’ils discutent avec des étrangers, c’est-à-dire, quand ils ne peuvent pas éviter de révéler leur profession, les poètes préfèrent utiliser le terme général « écrivain » ou replacer le mot « poète » en y ajoutant le nom de n’importe quel métier qu’ils exercent en complément de leur travail d’écriture. Quand ils se rendent compte qu’ils sont aux prises avec un poète, les bureaucrates et les passagers de bus réagissent avec une touche d’incrédulité et d’effarement. Je suppose que les philosophes doivent rencontrer des réactions similaires. Pourtant, ces derniers se trouvent dans une meilleure posture, puisqu’ils peuvent, s’ils le veulent ou non, embellir leur appelation en usant d’une sorte de titre savant. Professeur de philosophie – cela sonne beaucoup plus « respectable » à présent.

Mais il n’y a pas de professeur de poésie. Cela voudrait dire, après tout, que la poésie est une occupation qui requiert des études spécialisées, des examens réguliers, des articles théoriques avec des bibliographies et des notes rattachées en bas de page, et enfin, des diplômes conférés cérémonieusement. Et cela voudrait dire, au fond, qu’il n’est pas suffisant de couvrir des pages avec les poèmes les plus exquis pour devenir poète. L’élément crucial est une fiche de papier tamponnée d’un cachet officiel. Souvenons-nous qu’une fois, précisément pour les mêmes motifs, la fierté de la poésie russe, futur lauréat du Nobel, fut condamné à un exil à l’intérieur de son pays. Il fut appelé le « parasite », car il lui manquait le certificat officiel lui octroyant le droit d’être poète…


Il y a plusieurs années, j’ai eu l’honneur et le plaisir de rencontrer Brodsky en personne. Et j’ai remarqué que, de tous les poètes que j’ai connus, il était le seul qui se plaisait à se présenter comme poète. Il prononçait le mot sans la moindre inhibition.

Bien plus – il en parlait avec une liberté intraitable. Il me semble qu’il devait se rappeler les humiliations brutales dont il avait fait l’expérience dans sa jeunesse.

Dans des pays plus heureux, où la dignité humaine n’est pas assaillie si facilement, les poètes aspirent, bien sûr, à être publiés, lus, et compris, mais ils font peu, quand ils font quelque chose, pour se hisser au-dessus du troupeau commun et de la corvée du quotidien. Et, déjà il n’y a pas longtemps de cela, dans les premières décennies de ce siècle, les poètes essayaient de nous choquer avec leurs habits extravagants et leurs comportements excentriques. Mais tout ceci obéïssait à une logique de l’étalage public. Il arrivait toujours un moment où les poètes devaient fermer les portes derrière eux, enlever leurs capes, leur friperies et autres paraphernales poétiques, et se confronter – silencieusement, patiemment, dans l’attente de leurs propres mois – à la feuille de papier encore blanche. Car c’est finalement cela qui compte réellement.

Ce n’est pas un hasard si les films biographiques sur les grands savants et les artistes sont produits à la chaîne. Les réalisateurs les plus ambitieux cherchent à reproduire le processus créatif menant à d’importantes découvertes ou à l’émergence d’un chef-d’œuvre. Et l’un d’eux réussira toujours à dépeindre avec brio certains types de travaux scientifiques. Des laboratoires, différents instruments, une machinerie élaborée amenant de la vie : de telles scènes pourraient retenir l’intérêt du public pour quelque temps. Et ces moments d’incertitude – L’expérience conduite pour la millième fois avec quelques minuscules modifications, va-t-elle mener au résultat escompté ? – peuvent être très dramatiques.

Les films relatant la vie des peintres peuvent être spectaculaires, dans leur manière de recréer chaque étape de l’évolution d’une peinture célèbre, de la première ligne au crayon au dernier coup de pinceau. La musique est l'élément central d'un film relatant la vie des compositeurs : par un travail mature, les premières notes de la mélodie qui raisonnent dans les oreilles du musicien émergent finalement sous une forme symphonique. Bien entendu, tout cela est assez naïf et n’explique pas l’étrange état d’esprit communément perçu comme étant l’inspiration, mais au moins y a-t-il en ce cas quelque chose à regarder et à écouter.

Quant aux poètes, ce sont les pires. Leur travail est irrémédiablement non photogénique. Quelqu’un s’assoit à une table ou s’étend sur un sofa, et, immobile, fixe un mur ou un plafond. Une fois, de temps en temps, cette personne écrit sept lignes seulement, pour barrer l’une d’entre elles quinze minutes plus tard, puis une autre heure passe, durant laquelle rien ne se produit… Qui aurait la capacité de regarder ces choses-là ?


J’ai mentionné l’inspiration. Quand on leur demande de quoi il s’agit, et si en fait cela existe, les poètes contemporains répondent d’une manière évasive. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas connu la grâce de cette impulsion intérieure. C’est seulement parce qu’il est difficile d’expliquer quelque chose à quelqu’un d’autre que vous, que vous ne comprenez pas vous-mêmes.


Quand on me demande cela parfois, j’élude la question également. Mais ma réponse est celle-ci : l’inspiration n’est pas le privilège exclusif des poètes et des artistes en général. Il y a, il y a eu, et il y aura encore un certain groupe de personnes que l’inspiration visite, un groupe constitué de tous ceux qui ont consciencieusement choisi leurs appelations et leur métier avec amour et imagination. Cela peut inclure des docteurs, des professeurs, des jardiniers – et je pourrais faire une liste d’une centaine de professions. Leur travail devient une continuelle aventure, cela aussi longtemps qu’ils continuent d’y découvrir de nouveaux défis. Les difficultés et les revers ne répriment jamais leur curiosité. Un grouillement de nouvelles questions jaillit de chaque problème qu’ils résolvent. Quelle que soit sa définition, l’inspiration naît d’un continuel : « Je ne sais pas. »

Il n’existe pas beaucoup de cette sorte de personnes. La plupart des habitants de la terre travaillent pour les éviter. Ils travaillent parce qu’il le doivent. Ils n’ont pas choisi ce travail-là où ce travail-ci par passion ; les circonstances de leurs existences ont choisi à leur place. Un travail détestable, un travail ennuyeux, un travail apprécié seulement parce que les autres n’obtiennent pas davantage, aussi ennuyeux et détestable que ce travail puisse être – il s’agit là d’une des plus cruelles misères de l’homme. Et, de la manière où vont les choses, il n’existe pas de signe annonçant que les prochains siècles vont produire le moindre changement.


Aussi, malgré le fait que je dénie aux poètes leur monopole de l’inspiration, je les place néanmoins parmi un groupe chéri par la Fortune.


Sur ce point, pourtant, certains doutes pourraient surgir dans mon public. Toutes sortes de tortionnaires, de dictateurs, de fanatiques, de démagogues luttent pour le pouvoir par le biais d’une petite quantité de slogans scandés de façon bruyante, apprécient égalment leur travail, et eux aussi remplissent leurs devoirs avec une ferveur inventive. Eh bien, oui, mais ces personnes « savent ». Ils savent, et qu’importe ce qu’ils savent, c’est suffisant pour eux une fois pour toutes. Ils ne veulent rien inventer d’autre, puisque cela pourrait diminuer leur force argumentative. Et le moindre savoir qui ne mène pas rapidement à de nouveaux questionnements s’éteint de lui-même: il faillit à l'heure de maintenir la température requise pour soutenir l’existence. Dans les cas les plus extêmes, les cas bien connus de l’histoire ancienne et moderne, cela laisse entendre une menace mortelle pour la société.


Les poètes, s’ils sont authentiques, doivent aussi continuer de répéter « je ne sais pas ». Chaque poème  représente un effort pour répondre à cet énoncé, mais dès que le dernier point typographique vient marquer la page, le poète commence à hésiter, à réaliser que cette réponse particulière était un pur expédient absolument inadequat, à rayer sur le champ. Alors les poètes continuent d’essayer, et tôt ou tard les résultats consécutifs de leur auto-insatisfaction sont attachés à l’aide d’un gigantesque trombone par les historiens de la littérature, et sont appelés leurs « œuvres »


Je rêve parfois de situations qui ne pourront jamais devenir réelles. J’imagine, avec audace, par exemple, que j’ai la chance de discuter avec l’Ecclésiaste, l’auteur de cette émouvante lamentation sur la vanité de toutes les actions humaines. Je m’inclinerais très profondément devant lui, parce qu’il est, après tout, un des plus grands poètes, pour moi du moins. Cela fait, je saisirais sa main. « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » : c’est ce que tu as écrit, Ecclésiaste. Mais toi-même est né nouveau sous le soleil. Et le poème que tu as créé est également nouveau sous le soleil, puisque personne n’a écrit cela avant toi. Et tous tes lecteurs sont aussi nouveaux sous le soleil, puisque ceux qui ont vécu avant toi ne pourraient pas lire ton poème. Et ce cyprès sous lequel tu es assis, n’a pas grandi depuis l’aube des temps. Il est venu à l’existence par le même chemin qu’un autre cyprès, d’une façon similaire à toi, mais pas exactement de la même façon. Et, Ecclésiaste, je voudrais également te demander sur quelle nouvelle chose sous le soleil tu as prévu de travailler à présent ? Dans tes travaux les plus anciens, tu parlais de joie – alors pourquoi était-ce d’une façon si éphémère ? Peut-être que ta nouveauté-sous-le-soleil traitera-t-elle de la joie ? As-tu déjà pris des notes, as-tu fait des ébauches ? Je doute que tu répondras, « J’ai tout écrit, je n’ai rien à ajouter ». « Il n’y a pas de poète dans le monde qui puisse dire cela, encore moins un grand poète comme toi. »


Le monde – quelle que soit notre pensée, quand nous somme terrifiés par son immensité et notre propre impuissance, quand nous sommes ulcérés par son indifférence à la souffrance individuelle, celle des hommes, des animaux, et peut-être celle des plantes, car pourquoi sommes-nous si sûrs que les plantes n’éprouvent pas la douleur ? Quelle que soit notre pensée quant à son étendue percée par les rayons des étoiles, encerclée par des planètes qu’on a seulement commencées à découvrir, des planètes déjà mortes ? Toujours mortes ? Nous ne savons pas. Quelle que soit notre pensée devant le théatre sans mesure dans lequel nous avons réservé nos tickets, des tickets dont la durée de vie est risiblement courte, écartée entre deux dates arbitraires ; quelle que soit notre pensée devant ce monde – cela est étonnant.

Mais « étonnant » est une épithète qui recèle un piège logique. Nous sommes étonnés, après tout, par des choses qui proviennent d’une norme universellement connue et reconnue, d’une évidence à laquelle nous nous sommes accoutumée depuis l’enfance. Or, un tel monde évident n’existe pas. Notre étonnement existe pour lui-même et n’est pas basé sur la moindre comparaison avec quelque chose d’autre.

Prenons cet exemple : dans le langage quotidien, par lequel nous n’arrêtons pas de considérer chaque mot, nous avons tous des phrases comme : « le monde ordinaire », « la vie ordinaire », « le cours ordinaire des évènements »… Mais dans le langage de la poésie, chaque mot est pesé, rien n’est usuel ou normal. Pas une seule pierre ni un seul nuage n’est à placer au-dessus d’eux-mêmes. Pas un seul jour ni une seule nuit ne viennent après ceux-là. Et surtout, nulle existence, nulle existence de qui que ce soit dans le monde.




Il semble que les travaux des poètes sauront toujours éclipsés par cela. 

mardi 15 décembre 2015

Bobo de nuevo

Droits réservés pour l'illustration (Métapo Infos)



Estoy hecho polvo. Desde que he caído de la escala social para ser un proletario de clase muy baja, me siento todavía más idiota que antes. Me doy cuenta de que soy parecido a esta gente que hace cola delante de las tiendas de comida basura con sus numerosos niños y eso no deja de hundirme imaginarme uno de ellos, porque debo reconocer en toda honestidad que, con mis sueños mediocres de trabajo, de reproducción y de divertimiento, es realmente el caso. Soy uno de ellos. Solo me falta integrar una hipotética hipoteca en mi vida para convertirme definitivamente en la imagen perfecta del occidental moderno con su afán de conformismo absoluto y letal.

¡Pobres pobres! Antaño eran campesinos y tenían esta sabiduría que nacía del contacto directo y espiritual con la tierra. Ahora las clases medio bajas se conforman con la nada universal. Reproducirse, trabajar, divertirse. Y no saben nada de la tierra. Como no tienen suficiente dinero ni educación para comer pescado y comida variada- Se nutren principalmente con porquerías industriales, latas de hipermercados, sodas… Se nutren sobre todo con todo lo que escupe la televisión, digo la pantalla plasma gigantesca que estorba la mitad de sus salones y por la cual no les molesta gastarse la mitad del sueldo durante seis meses: así compran el derecho de ser los destinatarios privilegiados de la mayor parte de los anuncios. Es que ellos se creen todo. Por ejemplo creen en los anuncios de lejías, piensan realmente que estas manchas enormes existen. 


Todos los –ismos reducen el ser humano a una fórmula que puede parecer bonita pero que al final es sólo un eslogan más, una lema estéril ofrecida por el espectáculo a las masas. Ya sé perfectamente por ejemplo que los pijos no valen más que las clases bajas.


A mí lo que más me gusta de los pijos de Francia o de España, porque desde el principio no hablo de un país en general, es el conjunto de colores que eligen. Mezclan ropa rosa, celeste, verde manzana, azul marino, blanco, rojo. Los pijos llevan camiseta con rayas con escudo que puede ser un guiño a su poder nobiliario en tiempos remotos. Ellos andan siempre con ropa que acaban de sacar de la lavadora. Los pijos huelen muy bien. Todo parece pulcro en ellos. Hasta el más mínimo gesto. Me encanta este aire rebelde que quieren darse cuando sacan un cigarrillo, aunque es sorprendente porqué incluso en esta manera de llevar el cigarrillo al aire parece artificial, profundamente antípopulacho. La cumbre está alcanzada por el escritor pijo. A mi me llamo mucho la atención también la manera que intentan no mirarte en la calle. No quieren mezclarse con la vulgaridad ambiente. Y si su mirada cruza la tuya busca en el instante una manera de esquivarse sin comprometerse.

Es el gran elegido por el Dios de los pliegues ausentes. Su ropa planchada no muestra ninguna arruga. Nunca. Y su piel solo superficialmente. El pijo envejece bien, porqué ha vivido toda su vida asumiendo su superioridad enfermiza, pero al final, más sana fisiologicamente. 

The hawk (tribute to Enki Bilal in spanish)



Hector Compra ya no sabía dónde vivir.

Desde su transformación en halcón, le costaba mucho moverse .

Sus patas pegadas al asfalto gelatinoso de las calles no le permitían levantar el vuelo. Sus plumas teñidas de negro le daba este toque salvaje que tienen los monstruos de la tierra cuando han sufrido todas las manipulaciones genéticas posibles y imaginables.

No te imaginas Hector que puedas morir de esta manera. No te imaginas que podías acabar tus días en el seno del gran desastre.

Yo, el ultimo saola, el que dice estas palabras sin hipocresía ni ninguna ironía fácil, asomado en la ventana de esta fabrica desactivada de la zona 707, en los últimos territorios, penetrado por un aburrimiento inconmensurable y tan profundo como la vagina de una indígena, destaco una infinidad de detalles que hacen la realidad más temible y más densa, y más agudos los sonidos que alcanzan el corazón de mi organismo. 

No he bebido el agua envenenada de los últimos aguaceros magnéticos, ni lamido los restos de pizarra que cortaron tantas veces la extremidad de mi lengua, no me excito siquiera con el sabor de mi propia sangre en mi boca. 

No he tomado ninguna substancia de índole ilícito pero puedo notar que, en el fondo de una jornada banal como un sol apagado, las conexiones motrices de mi disco duro interno me permiten aumentar la capacidad de mi caja craneana, pese a las leyes más misteriosas de la existencia que nos limitan a una sola vida. Tampoco debo presumir de tener algunos 7 miliares 756 gigabytes debajo de cada dedo de mis manos.

No puedo negar todas las ventajas que mi sexo ha tomado sobre el resto de mi cuerpo, levantándose al paso de una amazona que he visto correr detrás de las ruinas humeantes de la zona 707 y que hubiera podido comer si mi mandíbula cansada me hubiera permitido este lujo.

Una vez pasado este tipo de distracción tan frecuente en territorio irradiado, puedo apuntar en mi pantalla táctil los gestos de Hector Compra, de la visión de este pobre rapaz derrotado que está luchando en el barro.

Comprimiré esta imagen para colgarla en algún sitio de mi memoria inmediata, entre mi chakra mental y mi plexo solar. Donde nadie la encuentre.

La comprimiré hasta que acabe hablando por si sola, radiosa como un mosquito en un desierto sin fin.

lundi 14 décembre 2015

Tribute to Jean-René



"Cette idée banale, ressassée, inépuisable : il y a tant de choses à faire, à chaque instant, tant de risques à courir, de bonheurs à connaître - et nous restons là, à tourner en rond comme des ours, derrière les barreaux invisibles de notre sécheresse."

Jean-René Huguenin, Journal, 1961

vendredi 11 décembre 2015

Weird




Today, I have to underline a big problem of our society. Not in a tweet, but  in a novel neither. I have been reading the famous book "Bobos in paradise" by David Brooks for three days and I can't stop laughing and thinking of the evolution of our time. Not revolution, evolution. The revolution is just absorbed by the Capitalism, which, by the way, is a sort of revolution too. The bobo is really a "point d'ancrage" (a main point, a reference) of our system. The issue is probably related with my feelings about the students of today. I have to add that I don't gravitate towards them at all, but, casually, I do really know them. They are all around me.

The problem with our youth, if there is any (so far I'm still young enough not to consider myself as a mature person), consists in the lack of humility of these generations. They don't accept the authority, not because they feel rebel or revolutionary in this world (they aren't rebel at all, they're the total expression of the needs of Capitalism and the global policy), not because they consider themselves as very clever (they know they aren't), but because they don't want to be more little than they are. In front of a maestro, for instance, they instinctivally know they are very little. In front of their Facebook, they are something. That's why they tend to respect the idiots more than the teachers (I know what you may think, a lot of teachers are idiots too).

They aren't able to accept that someone could teach them something. They never accept neither any vertical process of improvement. I am lazy as well, but I personaly accept the authority when the person who has the power in this moment had worked a lot to get it. It's a sad situation. This is a problem of ego too. And of self-consciousness. We all have to accept that we are nothing, specially in front of somebody who is deeply more competent than us.

mardi 17 novembre 2015

AVF

American architect Frank Ghery, to see his massive pieces of art is a chance for our time

It's strange but good to write a post and to realize that no advertisment will support this process. It's deeply satisfactory. I hope that very few people will read me, and to be honest, I pray that my few readers will be humble and curious. I know, it can turn out to be ackward, but I believe in it. I have more faith in English than in other langages. For example, I'm more pessimistic in French. In Spanish, I'm more picaro. Resourceful but naughty.

This is for me a way to express myself even if this "myself", as far as I'm concerned, is a mistery. My job doesn't allow me to waste my only good, my time, and it's a kind of satisfaction. A precious thing. I'm proud of it.

Internet is a disgraful breakthrough. Nowadays, the only action you're supposed to do is to hang out with a screen, a godam m.f. screen. That's not fair.

I won't write as usual my feelings on this society. I don't want to show off neither.

I've been working and so far it's the only purpose. Art. Skills.

It's just amazing how people are lazy. The big issue of our century is the Ego, and the way Internet make us think (or not to think) that we are special. But we´re not special at all. Neither are you. But let them think they're Ok !

Every post can be consulted, but some of them are more confidential and you can ask me and I'll send it to you: I prefer to establish a connexion with any reader than to let my stuff in the hands of awful people.

Let's laugh!



samedi 3 octobre 2015

Big Bro'




À l'attention de Monsieur Thierry Nelson,
Coordinateur de Google France

Monsieur,

Suite à votre demande, nous avons pu avoir toutes les informations nécessaires sur les activités de M. Jean-Paul Grosjean lors de la journée du 30 septembre 2015. Nous avons pu également satisfaire votre désir d'envoyer au filtrage le disque dur personnel de M. Grosjean.

M. Grosjean s'est levé fort tard ce jour-là. L'alarme de son Iphone 6S acheté à Brignolles le 17 juillet 2014 (zone commerciale de Carrefour, cf. liste des achats mise en annexe) s'est en effet enclenchée à 10h30. L'individu s'est dirigé dans la salle de bain durant un laps de 48 secondes, avant d'aller dans la cuisine. Il s'est connecté dans la foulée à son compte Facebook où il s'est enquis de ses nouvelles actualisations via son Iphone. La connexion a duré vingt et une minutes. M. Grosjean a envoyé un smile (émoticône) pour corroborer le message d'une vignette traitant du joueur de basketball Pau Gasol, envoyée par Ahmed Sidibé depuis Saint-Etienne la nuit précédente à 01h24. On y voit le joueur espagnol tenter de sodomiser l'actrice française Mimi Mathy avec ce commentaire : "España aplasta a Francia" ("L'Espagne écrase la France")

M. Grosjean a émis ensuite un appel depuis son téléphone fixe en Suisse, à Noémie Sertic née Lagrange. Leur conversation a duré un peu plus trois minutes. Ils se sont dit qu'ils se manquaient. M. Grosjean a demandé des nouvelles d'Odile, la mère de Noémie. Noémie a balbutié des mots dénotant une intimité empreinte de forts liens affectifs. Un silence d'une vingtaine de secondes montre que Noémie a été touchée par la question de M. Grosjean.

M. Grosjean est sorti à 13h04 au centre-ville, il s'est rendu au Champion de la rue Boileau, a payé avec sa carte de crédit une somme de 53,32 euros pour des commissions dont vous trouverez la liste en annexe. L'achat de quatre tranches de jambon découenné de marque Madrange nous amène à penser que la démarche politique du sujet n'a encore souffert d'aucun type de radicalisation et qu'il vote Mélanchon par simple désabusement. 

Il s'est rendu à son cour de mandarin, rue Signorino, chez M. Wang Li, pour une durée d'une heure et demi. Les caméras de surveillance connectées au réseau Intranet de la résidence des Érables, montre que M. Grosjean et M. Wang nourrisent une amitié commune pleine de complicité. En 2002, M. Wang a participé à une manifestation altermondialiste. Vous trouverez en annexe son profil et ses actualisations Facebook les plus partagées, de même que l'extrait d'une correspondance où il évoque deux espions célèbres aujourd'hui mis sous tutelle par les Etats Unis. Les informations envoyées par la Russie ne laissent cependant supposer aucune activité anormale.

Il est à noter que le Journal intime de M. Grosjean, référencé dans la liste des documents Word, ne présente pas de traces de la moindre idée politique.

Pour le reste, nous n'avons rien de suspect à vous signaler mais gardons le dispositif en place sur le sujet, sa famille et son secteur. Nous surveillons également ses achats. Nos coordinateurs d'autres secteurs restent également vigilants.

En vous priant d'agréer l'expression de mes meilleurs sentiments.


Igax453 pour Google France

jeudi 1 octobre 2015

Connaître Juan Sahágun



(dessin personnel, 2011)


En ce premier jour d'octobre,
Le soleil entame son échappatoire,
Il y a des gens qui beuglent autour de moi.
Ils viennent de toucher leur paie et festoient.

Si je dois définir qui j'admire loin des textes
Tu serais ce soleil d'octobre qui s'en va.
,
Je suis un sol pleureur aux branches exténuées
Qui garde au fond de son ennui,
Quelques espoirs muets
D'ajouter un peu de verbiage
 ce doux paysage.
.

Julien Assange a défié l'Amérique,
Il paye sa dette dans une ambassade étatique.

Ussein Bolt cours plus vite que le temps,
Il est bien plus beau que les blancs,

Mandela a aussi fait de la prison
Ils ont fini par lui damer le pion

D'ordinaire ça finit plutôt mal
De Ouagadougou au Népal

Snowden mourra slowement à Moscou,
Ils finiront par lui couper le cou.

En un mot tous ces gens admirables,
Tous ces gens en tout point délectables
Me semblent si lointains Ô Juan Sahágun !

Tu te fiches bien des concepts et des clowns,
S'il fallait refaire le monde à grands renforts de bras!

Aux courageux espions tu emboîtes le pas
Tu es définitivement plus rapide que Bolt,
 tes côtés Mandela n'est qu'un noir désinvolte,


Je te dédis ce poème pour commencer octobre
Et ne plus chercher d'âme et lui jeter l'opprobre
Je te connais ça me suffit, mon champion,
J'ai regardé autour de moi, ce n'était pas folichon




lundi 28 septembre 2015

Vivre cent-cinquante ans





Parfois, je me dis que la vie est mal faite et que la mort est très parfaite. Coupante, déchirante, cisaillante, la mort. Alors que la vie est oscillante, passionnante, chiante, exténuante. Toutes ces choses marrantes me hantent.

Je voudrais vivre cent-cinquante ans, ainsi, je comparerais deux siècles, même trois puisque je suis de 1981. Je m’engagerais à écrire un livre sur l’évolution anthropologique de l’humanité jusqu’au XXIIe siècle. Encore faudrait-il que ma cervelle puisse encore se prêter à ce jeu érudit. Ce qui n’est pas gagné.

Vivre cent-cinquante ans présenterait de nombreux avantages, encore faudrait-il que mon corps suive. Pour être dépendant du bon vouloir de l’Etat français une cinquantaine d’années, autant crever à quatre-vingt ans comme tout le monde.

Vivre cent-cinquante ans, d’accord, mais sans perdre cette forme d’agilité physique, qui est favorable à la bandaison. Bah, ce n’est pas que j’entamerais une nouvelle collection de conquêtes à la Casanova à mes quatre-vingt dix ans (mon physique ne s’y prêterait pas, quoiqu’une certaine expérience globale de baise (presqu’un siècle tout de même...) pencherait sans doute dans la balance, à l’heure de la grande sélection naturelle. Mais je serais bien ingénu de ne pas profiter de ce rabe octroyé par la vie pour ne pas me défouler les glawis avec de jolies filles des temps futurs.

À cent-quarante trois ans, je mentirais bien entendu sur mon âge pour passer mes sept dernières années - chiffre magique - dans une forme de luxure glorieuse. Si l’humanité n’existe pratiquement plus à ce moment, offrant le paysage singulier de conflits entre tribus cannibales, sur une terre partiellement irradiée et totalement déboisée, je repeuplerais le monde avec une belle indigène. C’est une façon d’acheter un peu d’éternité à bon prix avant de clamser.

Oui, vivre cent-cinquante ans me permettrait de connaître trois siècles de gloire et de décadence.

Papy rejoindra la terre, après ces dernières insouciantes galipettes, fort de son experience. On retrouvera son journal flottant sur l'horizon mazouté, après l'enième guerre nucléaire et l'éradication des autres espèces qui offrait en des temps lointains une certaine variété de paysages.

Il s'agirait d'une alternative intéressante en soi, avec un dénouement somme toute classique.

Etienne Milena, le 28 septembre 2015

samedi 19 septembre 2015

Ludwig Winder, l'oublié






Le devoir (Die Pflicht) de Ludwig Winder est un grand roman, construit comme une tragédie grecque, où tout semble obéir aux choix précis d'un horloger, concentré, obsédé par le bon fonctionnement de l'objet qu'il manipule, réglant tous les mécanismes de son oeuvre avec dextérité.


Les citations que je vais faire sont toutes de mon cru, puisqu'à l'heure où toutes sortes de cochonneries sont publiées en France, aucun vendeur de papiers (excepté en Espagne, en 2014) n'a eu l'idée, somme toute saine et normale, de traduire et de publier Winder, un écrivain de premier plan de la littérature mondiale, dans notre si belle langue. Il est bien plus commun de publier de nos jours des récits auto-fictifs dérisoires, que de s'intéresser à de grands hommes, ceux "dont les petits s'évertuent d'effacer jusqu'aux noms" (Calaferte).


L'histoire du Devoir est des plus simples: Josef Rada est un terne fonctionnaire tchèque qui travaille dans le Ministère du Trafic de son pays. Il est à la fois dévoué à sa tâche et à sa femme Marie et son fils Edmund. Son éternel devoir, qu'il accomplit sans se plaindre, est ce travail que lui a assigné l'existence. Sa vie, banale, semble dénuée d'intérêt, et les premières pages la relatent avec une économie de moyens qui donnera le ton à l'ensemble de l'oeuvre : "Dans la rue, on ne pouvait percevoir rien d'insolite. C'était une matinée froide; il avait neigé. Rada repassait mentalement une table de tarifs qu'il devait élaborer. C'était un grand spécialiste en matière tarifaire. Quoiqu'auxiliaire subalterne (il n'était pas passé par l'Université), peu d'experts étaient capables de se mesurer à lui dans ce domaine. Il confectionnait les tables les plus complexes, que son chef, le directeur de la section, remettait au Ministre, en les présentant comme étant de son fait.

Les critiques de Winder sont toujours voilées, pour ne pas créer de déséquilibre dans l'harmonie de son récit. L'ironie noire dont il use fait immanquablement penser au Kafka de la Colonie PénitentiaireWinder fut un grand journaliste, dont les articles aiguisés (principalement pour le Zeit) connurent un succés colossal, jusqu'à sa mort en exil, en Angleterre, un an après la fin de la guerre. L'écrivain fut un ami intime de Musil, et l'un des personnages du Devoir porte le nom de l'écrivain autrichien : il s'agit d'une sorte de double de Rada qui mourra à ses côtés. On pourrait considérer Le devoir comme l'oeuvre testamentaire de Winder puisqu'elle est posthume. 

Il fut l'ami de Max Brod et membre du groupe littéraire Prager Kreist (le cercle pragois): la filiation avec Kafka est évidente, je l'ai dit, cela malgré le fait que Winder use d'indices spatiaux-temporels tangibles se référant à des réalités historiques précises et ne s'encombre pas de paraboles (bien que celle du résistant amoureux des fleurs en soit une magnifique). Le roman traite en effet d'un évenement majeur : l'entrée des troupes d'Hitler en Bohème et en Moravie et la résistance héroïque des tchèques. À l'arrivée des allemands, dans le livre, l'équilibre est brisé, la vie de Rada dessine une spirale irrévocable qui le mènera fatalement à la mort. Mais la cassure est peut-être artificielle et une autre lecture est possible. La machine infernale de son travail préfigurait déjà l'entrée du personnage dans l'Histoire avec sa grande hâche. Pour retracer ce fatum, jamais Winder ne se départ d'une prose chirurgicale, empruntant parfois un style musical, fait de répétitions qui font paradoxalement penser à Péguy´ou aux grand mouvements circulaires de la caméra de Lanzmann. La fiction sert à filtrer un témoignage véridique, à s'en distancier pour le rendre irréfutable par le biais de l'art.


Rada est promu à la section III du Ministère grâce à l'aide du traître Fobich. Ce dernier, un tchèque à la solde des nazis, éprouve de la reconnaissance envers le subalterne Rada, lequel, une quarantaine d'années auparavant, l'a sauvé de la noyade. Il tient à payer sa dette: c'est son devoir à lui. Mais Rada se montre récalcitrant envers cette promotion voulue par le traître. Les membres de la résistance tchèque l'incitent pourtant à l'accepter, pour fournir des informations cruciales en vue de prochains sabotages (des déraillements) qui seront autant de coups portés à l'ennemi. Le triste Rada se mue peu à peu en héros malgré lui. Son excellente mémoire, ses calculs, sa parcimonie, lui seront d'un grand secours.

Il s'engagera sans doute par désespoir plus que par humanisme. Son propre fils est en effet emmené en camp de concentration. Mais il n'a plus rien à perdre. Sa propre famille ne compte plus à ses yeux. Sa propre condamnation, fortement envisageable, ne lui déplaît plus.


"Il ne monta pas dans un tramway car il voulait être seul à ce moment. Il traversait des rues animées, seul et isolé comme dans une forêt solitaire. Il n'avait pas la sensation d'avoir outrepassé les dimensions de sa modeste existence, de ses modestes capacités et de sa modeste raison de vivre. L'idée qu'il avait fait preuve du caractère intrépide d'un héros ne l'avait pas traversé. Il aurait pensé qu'on se moquait de lui si on lui avait dit que cela avait été une tâche très ardue qui avait nécessité beaucoup de courage. Mais sur la route le menant chez lui, il comprit peu à peu qu'il avait laissé tomber ses vieux devoirs, qui supposaient pour lui une charge aimée et pesante, parce qu'un nouveau devoir l'exigeait, plus pesant encore."

"Il eut des difficultés à laisser là ses vieux devoirs. Il avait cru, durant des décennies, que l'accomplissement de ces devoirs constituait l'essence de sa vie. Mais sa vie avait cessé de lui appartenir. Jamais il n'avait tenu en grande estime la valeur de sa vie. Jamais il n'avait médité sur lui-même et sur la valeur de son existence, mais il avait toujours eu l'idée claire qu'un petit fonctionnaire qui se préoccupait uniquement du bien-être de sa famille ne devait pas tenir la vie en grande estime. Il y avait un nombre incalculable de fonctionnaires seulement préoccupés du bien-être de leurs familles. Chacun était un membre insignifiant de la race humaine, mais chacun avait sa raison d'être au moment de se préoccuper du bien des siens. Lui aussi, Joseph Rada, avait eu, pour ce motif, sa raison d'être. À présent, il avait cessé de se préoccuper du bien-être de sa famille. Il n'était plus le protecteur de cette dernière, mais plutôt, selon tous les pronostics, son destructeur. Si Edmund et Marie était capturés et exécutés par les bourreaux, il le seraient à cause de son oeuvre, par sa faute. Le nouveau et cruel devoir qu'il avait accompli devait former, à partir de maintenant, l'essence de sa vie. Il était satisfait parce qu'il avait reconnu son devoir. Il était satisfait car il avait échappé au danger de ne pas le reconnaître. Ayant échappé à ce danger, rien ne pouvait plus lui arriver."


Cette contradiction entre le devoir et la culpabilité, entre le secours et l'action criminelle est savamment mise en exergue par Winder. Elles peuvent cohabiter chez un même homme. Jeune garçon, Fobich, le collabo, fut sauvé des eaux par Rada. Le même Rada, en voulant le sauver de nouveau, entraînera sa mort. Le lecteur est engagé dans une casuistique puissante. Il est témoin de l'oscilloscope d'une morale qui se forge devant lui, qui ne se prête que difficilement au jeu des définitions,


À un niveau plus prosaïque, je me suis par exemple souvent posé des questions sur cet affairement égoïste que montrent les familles en public. L'union qu'on décèle parfois, au demeurant légitime sous bien des aspects, exclut toute alterité. Le privilège sera toujours donné à l'enfant, au mari, à l'épouse, en un mot au lien direct et immédiat, quand bien même cela passerait par la mort de tout le reste. L'amour maternel? Mais si un assassin proposait à une mère deux alternatives, sacrifier son enfant et en sauver mille autres, ou sacrifier mille enfants pour sauver le sien, douterait-elle un seul instant? Ce bel instinct maternel est très peu soucieux du sort du reste de l'humanité, et très peu maternel en soi. Nous en ferions autant... L'instinct maternel est d'ailleurs une forme très raffinée de narcissisme, d'amour inconsidéré pour sa proche chair.

Il existe d'autres manières d'appréhender l'existence, de chercher d'autres formes de transcendance que ce genre de clivages dictés par l'espèce. C'est la matière des bons livres.

Le devoir parle de tout cela, et de cette masse informe du subconscient, du fond de nos existences. Peut-il y avoir une vie humaine sans morale, sans "il faut", sans commandement de ce qu'il y a de beau en nous? Cette beauté n'est-elle pas relative pour chacun ? N'y-a-t il pas des balises infranchissables, comme l'homicide, l'exploitation des corps? Le nier ne serait-il pas faire un pas vers le fascisme et d'autres systèmes fonctionnant par la pulsion morbide? Plutôt que créer une oeuvre moralisatrice, Winder montre la somme de possibilités qu'il reste à l'homme pour se concocter un destin, dans le respect de l'autre, du monde que chacun incarne à sa manière.

Etienne Milena

Citations non-utilisée pour cet article


"C'était l'époque du régime "tranquille". On pendait seulement les saboteurs que l'on avait pris en flagrant délit. Mais que quelqu'un soit pris la main dans le sac était très rare. Le peuple était paralysé. La moindre résistance semblait vouée à l'échec. Que pouvait obtenir la lutte clandestine alors que l'Europe s'était soumise au vainqueur et que seule l'Angleterre continuait de combattre? L'Angleterre toute seule ne pouvait pas aider les peuples vaincus et opprimés d'Europe. Le baron Neurath disait: "Peuple tchèque, je suis ton protecteur, je veux t'aider. Soumet-toi et je t'aiderai. Abandonne ta résistance et je te prêterai mon aide." Presque éteinte, et proche de la désespération, la voix de la résistance chuchotait : "Résistez!". Et le peuple l'écouta."

"Hitler destitua le baron Neurath. Le chef supérieur du groupe des S.S., le général de la police Heydrich, le remplaça. Le peuple tchèque ignorait le nom d'Heydrich et disait: "Le vieux Protecteur n'a rien pu faire avec nous, le nouveau non plus ne pourra rien faire."
Il y avait à peine une centaine de tchèques qui connaissaient le nom d'Heydrich. Tous ceux qui le connaissaient eurent le coeur serré.
Heydrich arriva et se dirigea à Hradcany. C'était un homme jeune, grand, svelte et blond. Les tchèques qui n'avaient jamais entendu son nom furent effrayés par son sourire. C'était le sourire d'un assassin pervers se penchant sur sa victime.
Il sourit quand il reçut le vieux et tremblant "président de la nation" et les membres du "Gouvernement" tchèque. En souriant, le nouveau chef leur dictait ses ordres. En souriant, il leur dit qu'il mettrait de l'ordre en Bohème et en Moravie. En souriant, il s'assit devant le bureau du grand philantrope Masaryk et lut les rapports.
Il survola seulement les rapports de la Gestapo relatifs aux actes de sabotage et les tentatives de résistance de la population tchèque. Il écouta sans grande attention les récits oraux de ses agents et des officiers. Il savait ce qu'il avait à faire; la seule chose importante était la méthode qu'il pensait appliquer. Il était convaincu qu'avec cette méthode, il ferait plier le peuple tchèque.
Lors des trois premiers jours après son arrivée, il fit exécuter cent douze tchèques et juifs. Dès lors, il ne se passa pas un jour sans exécution. Sur le bureau d'Heydrich il y avait des listes et des nomenclatures. Il en sortait le nom d'un village ou d'une ville et ordonnait de poursuivre en justice tous les ennemis du Troisième Reich qui y résidaient. Celui qui était poursuivi en justice était condamné à mort. Celui qui était condamné à mort était exécuté dans un laps de vingt-quatre heures. La deuxième semaine, Heydrich établit un programme hebdomadaire. Il était aussi bref qu'un menu qui prévoit un plat par jour. Il disait :

Dimanche: saboteurs
lundi: bouchers
mardi: auditeurs de radio
mercredi: détenteurs d'armes
jeudi: propagateurs de rumeurs
vendredi: conspirateurs
samedi: espions"




lundi 14 septembre 2015

Ailleurs avec Wild Frank





Qu'est-ce que la littérature ?
"No materials exist, for a full and satisfactory biography of this man" dit Melville en parlant de Bartleby. Il est intéressant de constater que les français ont traduit "scrivener" par "écrivain", comme si, inconsciemment, ils ne voulaient jamais séparer le motif littéraire de la littérature elle-même. Avec Musil mais surtout  Kafka, dont Ludwig Winder reprendra certains traits (comme ces personnages sans réel intérêt littéraire manifeste), sans oublier Pessoa, les auteurs du XXe siècle ont abandonné progressivement l'idée de biographie des personnages. Comme si ce qui se jouait en littérature était ailleurs et que la banalité des professions et des désirs, leurs servaient à définir de meilleure façon cet ailleurs de la littérature.



A la télévision hier, le programme Wild Frank, au Népal. Cet espagnol quarantenaire jure à chaque instant, son côté potache fait fureur ici. Cela vaut largement un film d'art et d'essai sur les gens de la rue. Mais nous sommes dans la jungle. Frank va se rouler dans la boue avec les éléphants, n'hésite pas à attraper une vipère de Russell qui lui crache son venin au visage et l'aveugle un long moment. Je me souviens de Bear Grylls il y a quelques années de cela, qui, en voulant se nourrir du miel d'une ruche sauvage, se fit piquer par une abeille, traversa un désert la gueule enflée, lutta contre un serpent cobra, l'étripa, puis le dépeça. Il urina ensuite dans la peau du serpent, noua ce tuyau rempli de pisse autour de son cou et en but le contenu au milieu du désert. Je l'avais déjà vu essorer une bouse de vache en Afrique, pour se désaltérer.


Je repense à l'ailleurs, et je ne sais pas s'il existe une autre condition pour créer quoique ce soit, même dans la routine d'un jour de pluie.