mercredi 3 août 2016

D'Adolf Hitler à Moussa Sissoko




Zigzaguant de blog en blog, à mes heures perdues, lorsque la zone wifi de ma terrasse me le permet, je passe parfois de bons moments en voyant le sort que se réservent les amis de jadis, dans le monde des Belles Lettres de mon pays. La haine est palpable dans les posts échangés à intervalles réguliers entre les anciens complices, et là où la loyauté de l'amitié cybernétique se jurait d'être éternelle, par renvois d'ascenseurs et clins d'oeil interposés, ce sont à présent des pelures d'oranges dialectiques qui servent de monnaie d'échanges à nos escogriffes endoloris.

Rien de plus intéressant que ces amitiés stériles qui finissent par s'opposer, montrant sur quelles sinistres illusions elles prétendaient s'élever.

Alors, les rapports de domination s'inversent. L'ancien ami engage le nouveau rival dans un processus destructeur, fait d'escarmouches et de quenelles à foison, qui me rappelle à quel point Baltasar Gracián a raison dans son Oraculo manual, 217, quand il écrit (traduction d'Amelot de la Houssaie) :

"Vis aujourd'hui avec tes amis comme avec ceux qui peuvent être demain tes pires ennemis. (...)"

Et ce n'est pas si difficile. L'indifférence demeure une solution de change à laquelle on devrait ajouter une certaine bienveillance de fond, bonne pour les tripes.

Dans trois jours débutent les Jeux. Homo ludens sera en folie. La torche arrivera à destination prochainement. Ce relais flamboyant entre coureurs issus de diverses contrées est l'invention d'Hitler, ce grand admirateur de Sparte. La tradition, bien accueillie par Coubertin, a perduré, au-delà des Jeux Olympiques de Berlin. Ces derniers furent d'abord défendus par Goebbels, car Hitler les envisageait comme une orgie judéo-nègre de plus. Mais le propagandiste ne tarda pas à convaincre le Führer de cette opportunité d'enseigner au monde la supériorité des Aryens. On sait ce qu'il en fut, de l'élégance des foulées de Jessie Owens (traité comme le dernier des criminels par les États-Unis à son retour) à la victoire de la juive hongroise Ibolya Csák. Dans ta gueule Moustache! On ne refait pas l'Histoire.

B. me parle souvent de sa sensation de vivre dans un pays fasciste, lorsqu'il allume sa télévision et passe cinq chaînes retransmettant des parties de football. Je ne peux pas lui donner tort. L'émergence des nazis doit beaucoup au sport. LTI, la langue de l'Empire, parle par exemple de la constante comparaison faite par les nazis avec les coureurs automobiles. Aujourd'hui encore, l'absence de jugement au sein des masses, leur adhésion à de nouveaux plans de manipulation, est garantie par le spectacle des stades, des chorégraphies entre supporters, ces pendants grégaires des rixes et des mises-à-mort entre hooligans.

Abellio descrivait le football comme "un sport d'automates", au contraire du rugby, qu'il pratiquait. Je remarque que les nations historiquement les plus fortes en football, sont en effet des anciennes dictatures. L'Italie, l'Espagne, le Brésil, l'Allemagne, l'Argentine sont des références. La France l'est devenue également, au moment où elle recueillait les fruits d'une forme de dictature suprématiste: l'expansion coloniale.

Le profit des joueurs arabes, antillais et maliens permit aux français abonnés à la défaite de palier à leurs manques physiques. Après la soumission (héritée par les nouveaux expatriés français du Calcio italien), l'autre aspect hérité des systèmes dictatoriaux fut en effet le culte du physique: la masse musculaire africaine fut cette option choisie par le pouvoir.

Pensez à quoi ressemblerait l'équipe nationale sans ce splendide athlète nommé Moussa Sissoko!

Ce lien entre football et dictature, s'explique d'autre part, par le fait que le football ne demande la présence sur le terrain que de peu d'imagination et d'esprit d'initiative. Un seul créateur, le 10, surnage. Les autres obéissent aux plans militaires du maître à penser, l'entraîneur-caporal chef.


Enfin, mais je l'ai déjà souligné, comme émanation fasciste, le football se dirige à l'imbécillité collective, au même titre que les corridas. Les gradins remplis d'une populace délétère, cherchant l'affrontement ou l'aboutissement d'un certain modèle de reproduction sociale dans la distraction, permettent par la même occasion d'offrir un emploi à l'ensemble de cette corporation délirante qui fait feu de tout bois: les journalistes sportifs, dont la plume semble à la mesure de cette abominable liesse.

Pour toutes ces raisons, si je me dirige avec circonspection vers les cercles de la culture, je n'ai pas de prédilection particulière pour les amateurs de ce sport,qui sont en général de sexe masculin et d'une culture grossière.

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