dimanche 19 février 2017

Praga Magica





Au temps de la Guerre de Trente ans (1618-1648), les mercenaires de tous bords lavoravano pour différentes armées. La quantité de nationalités formait un incroyable gurruño en el cual no se podía distinguir uno del otro en el amontonamiento de cadáveres dejados on the road. Al final de este guerra, se puede decir que se fabricó la concepción moderna del Estado. An historic breakthrough (or a real decline) which turned out to be in revocabilis. Non posso scrivere di alter modo because it springs out of my mind and I couldn't care less if you don't get it, unknown fellows. But let's try to schreiben richtig in a verständliche way... 

Le livre que j'ai depuis quelques semaines entre les mains, que je lis à petites doses comme on déguste un bon vin, s'appelle Praga Magica. Il s'agit d'une déambulation onirique dans les rues de la cité vlatvienne, par un Des Esseintes revigoré, amoureux éperdu de ce lieu de bric et de broc où il prétend avoir vécu des vies antérieures. Praga Magica n'est en rien un Lonely Planet aux remous littéraires, ni une collection de clichés frelâtés pour voyageurs intrépides, mais une aventure de l'esprit chargé de recréer une ville, du cimetière de Josefov à ses gargottes sordides, en passant par son Château hanté par les fantomes de l'histoire et ses arpenteurs, par des brigands et nécromanciens de la cour de Rodolphe II et autres charlatans. L'auteur ne se contente pas de rendre visible l'invisible (je ne me réfère pas ici à Paul Klee et sa visibilité de l'art mais aux cités d'Italo Calvino, ami intime de l'auteur de Praga Magica). Il écrit une oeuvre qui s'abreuve d'un elixir de longue vie, qui tourne à l'envers du temps réel, comme dans Alcools d'Apollinaire:

« Les aiguilles de l’horloge du quartier juif (qui) vont à rebours
Et tu recules aussi dans la vie lentement... » 

Ripellino, cet auteur méconnu, perce le silence de sa mémoire dans un style généreux, comme un mioche rêveur en proie à l'insomnie venu farfouiller dans des vieux cartons. C'est son propre cabinet de curiosités qu'il fait visiter aux lecteurs en faisant la liste de celui de Rodolphe II, empereur neurasthénique et débauché. C'est sa propre collection de forfaits qu'il énonce sans honte, conscient que l'obscurité des taudis et de ses golems monstrueux donnera à chacun l'opportunité de s'esclaffer ou de frissonner.

Praga Magica est une façon de voyager et de s'entendre enfin sur ce qu'est la grande littérature. On reprend ce livre où on l'avait posé, et un curieux entomologiste nous parle :

"Mais revenons aux Capek. La futilité et les divagations amoureuses des galants papillons, l'avarice des scarabées qui amassent en boule des immondices, la goinfrerie, l'égoïsme cruel des grillons, des mantes, des ichneumons qui se dévorent les uns les autres, l'impitoyable taylorisme de la fourmilière-usine et la guerre cruelle entre deux factions de fourmis, chacune conduite par un dictateur qui se considère comme l'élu: ce grouillement brueghélien de "proverbes flamands", ces illustrations pour un Buffon devenu moraliste constituent une sorte de stimulant pour le commentaire de notre "Tulák", lequel, posté dans un angle de la scène, autrement dit en marge, observe et juge en dévidant une suite de sentences flegmatiques, incapable qu'il est, en bonne créature pragoise, de changer quoique ce soit à cette misérable empoignade, d'autant plus monstrueuse que les bestioles sont minuscules."

Dans l'énumération érudite qui éclate à certaines pages, on ne décèle aucune propension fumarolienne (cf. l'édifiante préface de À Rebours) à l'étalage nauséeux (comme si un nom d'auteur était un pin's ou un macaron), mais un goût pour la Kunstkammer cité plus haut, qui laisse une impression de vertige et donne envie de se perdre dans les méandres d'une ville réinventée.

Etienne Milena, le 19 février 2017


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