mardi 19 avril 2016

Hommage à l'architecture communiste




Que serait Varsovie sans son palais de la culture ? Désormais, l'éclairage de nuit la met sur un pied d'égalité avec Las Vegas (sur la "lasvegasisation du monde" il faudrait relire les pages d'Alvaro Mutis, comparables à la conception du kitsch héritée de Musil par Kundera). Cela devrait la sauver de la destruction.

Il ne fait pas de doute que ce palais débonnaire et aigu a son charme.

En ce qui concerne l'architecture contemporaine, le lecteur serait bien inspiré de visiter le Versailles du Peuple à Guyancourt, de l'architecte Ricardo Bofill. (Ci-dessous un projet de ce dernier).





Cette oeuvre d'influence bolchévique est d'un autre accabit que le Palais de Versailles, dont seul l'hérmetisme des Jardins justifie la réputation. Et elle possède cette qualité de ne pas attirer l'attention des chalands, qui l'ignorent, au profit de Sqy West, bâtiment moderniste comparable aux malls quataris. Une visite en toute discretion est parfaitement envisageable, sans agglutinement préalable au portail d'entrée. Sans ballon de baudruche koonsien pour entâcher la grisaille des bâtiments. Seule Janine, une voisine solitaire, vous fera la conversation au sujet de son teckel à poil ras et des affres du système impositif français.


J'ai déjà pu faire l'éloge d'Ashgabat en ce blogue. Pour les amateurs d'architecture onirique, la richesse s'y mêle au gôut du vide. Les rues désertes accentuent la sensation d'impossibilité. Il y a une aristocratie du peuple dans cet urbanisme qui n'exclue pas le végétal. Pensez à ce que la Seine Saint Denis aurait gagné en lumière si elle avait opté pour une telle architecture.




Quant à la statuaire, j'ai découvert il y a peu cet hommage minéral à Miguel Hernández. L'ouvrier espagnol y est reproduit sans souci de transcendance. C'est un contrepoint édifiant aux oeuvres communistes de jadis. Un retour sur terre, en somme.

Le travailleur, menu, nonchalant, interrompt son labeur un instant et singe le penseur de Rodin. Son insolence est évidente.

Je revois Jean Malaquais insultant Gide (Léautaud se moquait également de ce pittoresque vanté par les bourgeois littéraires, admirateurs de l'indigence, cette souillure qu'ils ne connaitront jamais) ou Gaito Gazdanov, déchargeant des barrils le long de la Seine, taxi nocturne participant à l'histoire de la littérature de son pays.



L'art communiste devrait être respecté et si le futur président américain est un constructeur d'hôtels et de murs, qu'il réinvestisse dans un urbanisme d'obédience populaire et éclairée, qui souffre moins du passage du temps.


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