mercredi 13 avril 2016

Des poètes contemporains




Cela n'est pas la moindre de mes satisfactions d'avoir pu connaître Antoine Volodine, le plus grand écrivain français vivant, et Patrick Quillier, le plus grand poète, dont j'ai eu la chance de lire son prochain texte avant sa parution. Ce n'est sans doute pas un hasard si les deux sont d'ailleurs amis. La filiation avec Rimbaud est évidente. Et écrasante pour le reste de versificateurs désuets qui compose cette corporation décadente.

Amplitude de vue, grande érudition toujours mise en jachère par la modestie... telles sont les qualités du talent pour l'écriture, tel que je puis le percevoir chez eux.

Une des grandes satisfactions de ma vie - il y en eut de belles - de lecteur, est donc d'avoir su mettre d'emblée à leur juste place les poètes contemporains, archi-majoritaires dans chaque hameau et chaque bourgade, et d'avoir deviné dès mon plus jeune âge, l'ampleur de l'imposture. La saisie fut lumineuse! Ceux qui lisaient leurs vers avec une suffisance sans équivalent, n'étaient que l'ombre de ce que furent jadis les grands poètes.

Les textes vendus à 12 exemplaires au voisinage, et lus dans des open-mikes qui sont autant d'appels à la nostalgie des temps anciens, suscitent généralement les baîllements et la compassion religieuse.

Mais en dignes héritiers d'un monde qui maltraitait leurs ancêtres mieux inspirés, les poètes contemporains ont su mettre à profit l'indifférence générale qui conduit la majorité d'entre eux à s'inventer une foi en leur talent sporadique.

Il est vrai que dans cet amoncellement de paperasse, on peut sauver parfois une page, avec un peu de bonne volonté. Encore faut-il avoir du temps à perdre pour cette ouverture d'esprit-là, qui a le défaut de faire attendre Verlaine et Pessoa derrière la porte, figures autrement plus importantes dans l'ordre des priorités que notre poète régional de l'étape.

Pour finir ce petit hommage à mes contemporains, je ne pourrais passer sous silence cette qualité qui est la réminiscence de l'extravagance des Byron ou Baudelaire, et que j'aurais pu mettre en tête, car peut-être est elle la plus importante entre toutes. 

Le sens de l'humour est en effet lettre morte en ces cercles. 

Les grands esprits ignorants d'eux-mêmes, en ce sens, sont sans doute mieux armés pour la poésie que les poètes ailés (sic, authentique) qui se perçoivent comme tels... sans même l'esquisse d'un sourire, compensation de toutes les décrépitudes.


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